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WeWard, Tinder, Leboncoin…face à l’abstention, Matignon séduit les jeunes

Face à une abstention record lors des municipales de 2020, le gouvernement mise sur un partenariat inédit avec des applications du quotidien pour reconquérir les électeurs perdus. Sur WeWard et Tinder, la campagne civique s’infiltre là où les jeunes passent la majeure partie de leur temps. 

Tous les moyens sont bons pour convaincre les Français. Depuis le 14 janvier et jusqu’au 22 mars, le Service d’information du Gouvernement (SIG) – bras communicant de Matignon – s’est associé à plusieurs applications privées pour lutter contre l’abstention aux municipales. WeWard, Tinder, Leboncoin, BlaBlaCar, Lime ou encore Bolt : autant de plateformes habituellement étrangères au débat civique, désormais mobilisées au service de la République. 

Le cas WeWard illustre toute l’audace du pari. Sur cette application de marche utilisée par plus d’un Français sur quatre – soit plus de 20 millions d’utilisateurs -, le panda mascotte de la plateforme arbore fièrement un drapeau français depuis plusieurs semaines. Le 15 mars, jour du scrutin, les utilisateurs recevront une notification pour ne pas oublier d’aller voter. Le message affiché sur l’application donne le ton : « Pour un dimanche engagé, enfilez vos baskets et allez voter à pieds »

© Label RP / WeWard

Marcher pour aller voter : le pari du double impact

Depuis sa création, WeWard se positionne sur l’enjeu de santé publique que représente l’inactivité physique – classée par l’OMS comme quatrième risque de mortalité mondiale. En associant l’acte électoral à la mobilité active, le partenariat fait d’une pierre deux coups.

Dans un communiqué de presse officiel, Tanguy de la Villegeorges, co-fondateur de WeWard, défend la cohérence de l’initiative : « Notre plateforme reflète une réalité territoriale et intergénérationnelle : 26% de nos utilisateurs ont entre 18 et 30 ans […]. Ce maillage national et cette diversité constituent un levier de diffusion particulièrement cohérent avec l’échelle municipale du scrutin. Mettre notre capacité de mobilisation au service d’un rappel civique s’inscrit pleinement dans notre volonté de contribuer à des initiatives d’intérêt général et de santé publique, en touchant des citoyens de tous âges et sur l’ensemble du territoire »

Michaël Nathan, directeur du SIG, insiste lui sur la nécessité du dispositif : « La participation aux élections municipales est essentielle au fonctionnement démocratique de nos communes. Dans un contexte d’évolution des usages informationnels, ce partenariat avec WeWard, permet de rappeler, via un canal du quotidien, l’importance du vote […] »

Une ambition qui suppose pourtant un équilibre délicat : mobiliser sans jamais influencer. La neutralité stricte, le SIG y veille particulièrement : le dispositif exclut tout contenu partisan, et ne met aucune récompense à la clé. Une ligne de conduite qui vaut pour l’ensemble des partenaires. 

Même système sur Tinder, avec des bannières qui jouent la carte de la proximité générationnelle : « Évite le goumin post-élections, n’oublie pas ta procuration » – le goumin étant le terme utilisé par la GenZ pour désigner une peine de coeur.

© Tinder

Le grand décrochage des Français

Derrière cette campagne à 500 000 euros se cache une réalité alarmante. Lors des municipales de 2020, le taux d’abstention a atteint des niveaux historiques : 55,3% au premier tour, plus de 58% au second. Des villes comme Créteil, Roubaix ou Mulhouse ont même franchi la barre des 75%. À Paris, le 28 juin 2020, le taux de participation au second tour était le plus faible jamais enregistré depuis 1977 – avec plus de 63% d’abstentionnistes. 

Chez les jeunes, le désengagement est encore plus marqué. Selon une estimation du cabinet Ipsos-Sopra Steria, l’abstention atteindrait 72% chez les 18-34 ans lors des scrutins municipaux. Un chiffre vertigineux, qui explique le ciblage assumé de la campagne et le choix d’applications massivement utilisées par cette même tranche d’âge. 

Michaël Nathan ne cache pas son inquiétude : « Depuis plusieurs années, la parole institutionnelle a du mal à passer ». L’Eurobaromètre Jeunesse 2024 du Parlement européen lui donne raison : 42% des 16-30 ans déclarent s’informer principalement via des supports numériques sur les sujets politiques et sociaux. 

A l’heure où les urnes se vident, ces partenariats sonnent comme un appel au secours. 

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