Thierry Mariani, l’ex-ministre LR devenu un visage du camp nationaliste
Il promet une politique de « priorité nationale », une ligne d’ordre dur sur la sécurité et l’immigration et un discours de rupture assumé avec la droite traditionnelle dont il est issu.
Il veut incarner à Paris la droite nationaliste et souverainiste. Né le 8 août 1958 à Orange, il grandit à Valréas, dans une famille originaire des Abruzzes qui a fui l’Italie de Mussolini. Son père est maçon, sa mère ouvrière dans le cartonnage, et tous deux deviennent artisans du bâtiment. Il revendique ce milieu modeste comme le socle de son identité politique, celui d’un élu « de terrain » qui sait parler aux classes populaires du Sud.
Scolarisé au petit séminaire d’Avignon, puis au lycée militaire d’Aix‑en‑Provence, il y apprend le russe avant d’obtenir un diplôme de droit international à l’ILERI à Paris et de travailler comme cadre dans le secteur privé. Côté personnel, il est père de deux enfants et marié depuis 2005 à Irina Chaikhoullina, originaire d’Iekaterinbourg, une union que ses proches présentent comme le prolongement d’une trajectoire tournée vers l’international, tandis que ses critiques y voient un signe supplémentaire de son tropisme russe.
Entré au RPR (Rassemblement pour la République) en 1976, il s’enracine dans le Vaucluse : maire de Valréas de 1989 à 2005, conseiller général puis régional, député de 1993 à 2017, y compris comme député des Français de l’étranger (dont la Russie) après 2012. Ses soutiens saluent un élu infatigable, capable de présider pendant vingt ans les Chorégies d’Orange et de créer un festival de rue à Valréas ; ses détracteurs rappellent qu’il a été très absent du conseil régional entre 2004 et 2015, ne siégeant qu’à une poignée de séances en plus de dix ans.
Ministre chargé des Transports de 2010 à 2012, au sein du gouvernement Fillon, il est décrit comme un homme de dossiers, loyal envers Nicolas Sarkozy, qui porte une ligne très sécuritaire sur l’immigration et soutient les courants les plus à droite de l’UMP, réunis au sein de la Droite populaire qu’il contribue à structurer. Là encore, ses partisans y voient un sens de la cohérence, tandis que d’autres pointent une droitisation continue, déjà aux frontières de l’extrême droite.
Le début de la trahison
Le tournant arrive en 2019 : après avoir passé plus de quarante ans dans les partis de droite (RPR, UMP, Les Républicains), Mariani quitte LR pour rejoindre la liste du Rassemblement national de Jordan Bardella aux européennes. Les responsables républicains parlent de « trahison » et de « félonie », rappelant qu’il avait lui‑même défendu le front républicain contre le FN dans les années 1990 et 2000, avant de rallier ceux qu’il qualifiait de « danger ». Lui affirme que « le RN d’aujourd’hui, c’est le RPR de l’époque » et que sa ligne n’a pas varié, estimant que c’est son ancien camp qui aurait dérivé vers le centre.
Eurodéputé RN, il devient l’un des visages de la ligne souverainiste sur la scène internationale, multipliant les déplacements et les prises de position en faveur de Vladimir Poutine, de Bachar Al‑Assad ou d’autres dirigeants autoritaires. Cela lui vaut une commission d’enquête sur ses liens avec la Russie et le surnom de « petit télégraphiste du Kremlin » chez ses adversaires ; lui se défend en invoquant une diplomatie de realpolitik, centrée sur la lutte contre le terrorisme et la défense des intérêts français.
Cap sur un Paris « sous contrôle »
En campagne, il met en avant trois priorités :
- Instaurer la « priorité nationale » dans l’accès au logement social, recentrer la politique de la Ville sur les classes moyennes et faciliter l’accession à la propriété des locataires HLM.
- Lancer un « choc d’ordre » avec une police municipale renforcée, armée et dotée de brigades spécialisées contre les squats, la drogue ou l’insécurité dans les transports.
- Détricoter l’héritage Hidalgo sur la circulation et la fiscalité, en abandonnant la future ZTL (zone à trafic limité), en assouplissant le plan de circulation et en allégeant la taxe foncière.
À quelques jours du scrutin, les sondages ne le placent qu’en bas de l’affiche, loin derrière Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, mais son camp veut croire que, dans une ville obsédée par la sécurité et la propreté, son discours d’« ordre » trouvera son public.
Pour l’ancien baron du Vaucluse devenu visage du camp nationaliste, l’enjeu dépasse Paris : prouver qu’une droite assumant la « priorité nationale » peut, un jour, prétendre diriger la capitale.
