Sophia Chikirou, la gauche insoumise pour un « Nouveau Paris populaire »
La députée de l’Est parisien promet de s’attaquer de front à la crise du logement, au recul des services publics et à la spéculation immobilière.
Sophia Chikirou aime souligner qu’elle n’a rien du parcours classique des élites
parisiennes. Cette communicante de l’ombre est devenue figure de proue de l’extrême gauche parisienne. Née à Bonneville, en Haute-Savoie, dans un milieu modeste, elle est aussi d’origine kabyle par ses parents algériens. Très tôt, elle se passionne pour la politique, mais aussi pour la manière de la raconter, et s’oriente vers des études de communication politique avant de devenir consultante via son agence Mediascop , où elle apprend les rouages des campagnes et des médias. Et c’est la qu’elle va rencontrer un grand client qui deviendra son compagnon : Jean-Luc Mélenchon. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’elle est aujourd’hui mise en examen : elle est ainsi soupçonnée de surfacturation et d’escroquerie. Une affaire qui pourrait entraver son élection en polluant sa campagne.
En 2022, Sophia Chikirou franchit le pas de l’élection et décroche un siège de députée dans une circonscription populaire de l’Est parisien, sous l’étiquette LFI. Elle y forge peu à peu son profil d’élue très présente sur le terrain, qui se concentre sur les questions de loyers, de fins de mois difficiles et de services publics qui se dégradent. À l’Assemblée nationale, elle adopte un ton sans détour, multiplie les interventions contre la politique d’Emmanuel Macron et n’épargne pas la gauche plus modérée, qu’elle juge trop conciliante, tout en consolidant son réseau militant dans les quartiers populaires. Forte de cette visibilité et de cet ancrage, elle décide en 2026 de se lancer dans la bataille pour l’Hôtel de Ville, avec l’ambition d’incarner une offre de rupture face à la gauche sortante comme face aux candidatures du centre et de la droite.
Le logement, au centre de son combat
Avec le slogan « Le Nouveau Paris populaire », la députée insoumise veut se poser en porte-voix de celles et ceux qui peinent à se loger ou à rester dans la capitale. Elle décrit un Paris devenu trop cher, trop inégalitaire, accaparé par les propriétaires institutionnels, les investisseurs et les plateformes de location, et accuse la municipalité sortante d’avoir laissé filer la crise du logement. Elle promet de « remettre Paris à hauteur de celles et ceux qui y vivent et y travaillent », en assumant un discours frontal contre les acteurs de la spéculation et contre les solutions jugées trop timides de ses adversaires. Sa campagne s’appuie sur une machine militante bien rodée : réunions publiques en série dans les arrondissements de l’Est, porte-à-porte, présence forte dans les marchés et les transports, mais aussi offensive numérique ciblant les jeunes et les abstentionnistes, qu’elle
considère comme sa principale réserve de voix.
Décréter « l’état d’urgence du logement »
Son programme repose sur trois axes qu’elle déroule inlassablement en meeting comme à la radio. En premier lieu, le logement, présenté comme l’urgence absolue : Sophia Chikirou promet de décréter un « état d’urgence du logement » dès son arrivée, avec un encadrement des loyers durci, un développement massif du parc social et des réquisitions de logements vides, tout en serrant la vis aux locations touristiques type Airbnb. Vient ensuite la transition écologique, pensée comme une écologie du quotidien : renforcement des transports collectifs, réduction de la place de la voiture, création de nouveaux espaces verts et adaptation de la ville aux canicules, en ciblant en priorité les quartiers les plus exposés. Enfin, la justice sociale sert de fil conducteur à l’ensemble : investissements supplémentaires dans les crèches, les écoles et les centres de santé, amélioration de l’accès aux équipements sportifs et culturels, et mise en avant d’outils de démocratie
locale pour associer davantage les habitants aux décisions municipales.
Dans les sondages, la candidate d’extrême gauche est aujourd’hui créditée d’environ 11% des intentions de vote au premier tour, un score qui la place derrière les favoris mais dans le groupe des listes susceptibles de peser sur l’issue du scrutin. Si la campagne se resserre entre les différentes offres de gauche et de centre droit, ce niveau pourrait lui ouvrir la voie à un maintien au second tour ou, à tout le moins, à un rôle clé dans les discussions d’entre-deux-tours. À 46 ans, celle qui a longtemps façonné les campagnes des autres mise désormais sur son « Nouveau Paris populaire » pour installer durablement La France insoumise dans le paysage politique parisien. Avec un credo qu’elle répète à l’envi : « il ne faut pas qu’un socialiste soit maire de Paris ».
