«Ce ne sera pas un meeting comme un autre» : la démonstration de force de Sarah Knafo au Dôme de Paris
REPORTAGE – Plus de 4 000 sympathisants se sont réunis sous le Dôme de Paris pour soutenir leur candidate, qui a transformé un simple meeting de campagne en show politique. Un événement destiné à convaincre les indécis et à tendre la main à Rachida Dati.
Dernière candidate déclarée dans la course à l’Hôtel de Ville, elle est aussi celle qui progresse le plus dans les sondages. Créditée de 13,5 % des intentions de vote et troisième femme du scrutin, Sarah Knafo tenait ce lundi 9 mars son meeting de campagne. Selon son équipe, plus de 4 000 personnes ont fait le déplacement, pour 5 000 inscriptions.
Jeux de lumière, musique, écrans géants et scénographie colorée rythment l’attente avant l’arrivée de la candidate. L’atmosphère évoque davantage un spectacle qu’un rassemblement politique. Par son ampleur, ce meeting pourrait être l’un des plus importants, sinon le plus grand, organisé dans le cadre des municipales à l’échelle nationale.
Un meeting baroque pour une campagne droitière
L’ambiance tranche avec les meetings traditionnels de la droite. Dans la salle, certains militants arborent des écharpes jaunes. « Jaune, c’est la couleur de l’espoir », lance la candidate avec un large sourire. D’autres portent des accessoires floqués du slogan « Une ville heureuse », nom de la liste menée par Sarah Knafo à Paris.
La mise en scène n’a rien d’improvisé. L’événement est préparé depuis plusieurs semaines par l’équipe de campagne. Dans l’entourage de l’eurodéputée, on évoque celui qu’ils appellent le « magicien », Olivier Ubéda, chargé d’orchestrer la soirée. « L’objectif est de créer un moment unique », glisse-t-il entre deux indications données à ses équipes. Sur les écrans géants défilent d’abord des dessins animés générés par intelligence artificielle montrant un Paris idéalisé, une initiative qui divise mais qui plaît surtout au public âgé présent dans la salle : « C’est génial ces petits dessins animés », lance Guy, venu assister au meeting avec sa femme.
« Les autres ont plus d’expériences ratées que moi ! »
La soirée se veut à la fois politique et divertissante. Sur scène, un accordéoniste installé sur un banc Davioud interprète des classiques, tandis que l’entrée de la candidate s’accompagne d’effets lumineux et de musique électro. Cette direction artistique folklorique s’inscrit dans la stratégie visuelle adoptée par Sarah Knafo depuis le début de la campagne : un univers dominé par le jaune et le rose et une volonté affichée de rompre avec l’étiquette d’extrême droite qui colle au nom d’Éric Zemmour, cité qu’une seule fois durant le discours.
Lorsque la candidate prend finalement la parole, son discours mêle piques à ses adversaires et critiques sévères de la gestion municipale. « Les autres vous diront qu’ils ont plus d’expérience que moi. Ils ont surtout plus d’expériences ratées que moi », lance-t-elle avant de présenter son projet. Sécurité, propreté, respect de l’esthétique parisienne, baisse des dépenses et des taxes. L’ancienne élève de l’ENA, passée par la Cour des comptes, met particulièrement en avant la rigueur budgétaire et promet un plan de désendettement de 10 milliards d’euros sur dix ans. Un programme présenté dans un livret de 133 pages qu’elle brandit fièrement à plusieurs reprises.
Dernière démonstration de force avant le premier tour
Si les meetings servent à galvaniser les militants, ils sont aussi l’occasion de démonstrations de force destinées aux adversaires. Une opération mise à mal par l’irruption de deux groupes militants à quelques minutes d’intervalle : le collectif féministe « Nous vivrons », engagé dans la lutte contre l’antisémitisme depuis le 7 octobre et le collectif « Golem », dont les militants se revendiquent « juifs de gauche contre l’antisémitisme ».
« Sarah Knafo, mytho, ni facho ni macho ! » Le premier groupe, composé exclusivement de femmes, fait irruption pancartes à la main sur le côté gauche de la salle avant d’être rapidement exfiltré par le dispositif de sécurité conséquent. Quelques instants plus tard, un autre groupe d’une dizaine de personnes se lève à son tour, pancartes à la main et scandant : « Racistes, antisémites, xénophobes, hors de nos mairies ! ». Les militants sont rapidement interceptés. « Nous nous attendions à l’irruption de deux groupes », assure son entourage. « Jamais deux sans trois », ironise même l’un d’entre eux.
Une union des droites inévitable ?
La candidate conclut son meeting par un appel au vote utile, un élément de langage largement utilisé par sa concurrente Rachida Dati. Et de fait, à droite, la bataille s’annonce particulièrement disputée. L’ancienne ministre de la Culture se trouve désormais concurrencée par la jeune énarque, qui appelle à l’union des droites. Selon plusieurs sondages, une fusion entre les deux listes pourrait s’avérer décisive pour espérer l’emporter. « Rachida Dati, même seule contre Emmanuel Grégoire, perd. À l’inverse, les sondages le confirment : avec une union, nous écrasons la gauche », avance-t-elle. Une hypothèse que Rachida Dati refuse pour l’instant.
Pour Sarah Knafo, l’objectif était clair : prouver qu’elle peut rassembler et s’imposer comme une alternative crédible après vingt-cinq ans de gestion socialiste à Paris. Reste désormais à savoir si cette démonstration de force se traduira dans les urnes. Réponse les 15 et 22 mars.
