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Retrait de Sarah Knafo : vers qui se tourneront ses soutiens ?

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales à Paris, l’eurodéputée a finalement décidé de retirer sa liste le 17 mars. Dans le 16ᵉ arrondissement, où elle dépassait 22,5%, ses soutiens oscillent entre abstention, déception et report vers Rachida Dati.

 Sarah Knafo, candidate à la mairie de Paris, a annoncé son retrait du second tour des municipales le 17 mars. 
Crédit : Instagram @sarahknafo1

À 11 h 45, rue d’Auteuil, l’ambiance est animée. Aux abords du métro Michel‑Ange‑Molitor, dans le XVIᵉ arrondissement de Paris, un militant pro‑Emmanuel Grégoire (Parti socialiste) interpelle les passants : «Faites le bon choix», lance‑t‑il. Quelques mètres plus loin, au marché d’Auteuil, les équipes de Rachida Dati (Les Républicains) occupent elles aussi le terrain, tracts en main, installées dans la routine de l’entre‑deux‑tours. En revanche, pour les électeurs de Sarah Knafo (Reconquête!), le décor a basculé depuis l’annonce de son retrait, le 17 mars. 

Dans le XVIᵉ arrondissement de Paris, la candidate de Reconquête signait l’un de ses meilleurs scores parisiens, dépassant les 22% et se classant derrière la liste de Rachida Dati. Son retrait du second tour laisse désormais ses électeurs face à un choix : s’abstenir, se reporter sur la droite classique ou se détourner du scrutin.

« Je voterai Rachida Dati »

Entre les étals de fruits et légumes, Philippe, commerçant du quartier, raconte avoir glissé un bulletin en faveur de la députée européenne. Il dit regretter son retrait, persuadé qu’«elle aurait fait de belles choses pour Paris». Un contraste avec l’effervescence du 28 février, lorsqu’elle parcourait encore ce marché pour convaincre les habitants.

@sarah_knafo

☀️ Bien arrivée au marché d’Auteuil dans le 16e arrondissement. Toujours sur le terrain à vos côtés !

♬ son original – Sarah Knafo

Désormais, il a tranché : «Je voterai Rachida Dati. Elle s’est retirée pour battre la gauche, alors je vais au bout de cette logique. Si on se divise, on laisse Paris à Emmanuel Grégoire encore six ans ». Le mot d’ordre de Sarah Knafo – « faire barrage à la gauche » – se traduit, pour lui, par un report de voix vers la candidate Les Républicains, davantage par cohérence politique que par véritable adhésion.

Entre hésitation et déception des fidèles

À l’inverse, Martine Lozano, 74 ans, refuse de suivre. «Je suis très déçue. C’est incompréhensible, cette décision. Je n’irai pas voter au second tour», souffle cette habitante du quartier, qui ne comprend pas qu’elle se retire au moment décisif. « Un vote utile, c’est un vote sur un programme », insiste‑t‑elle, préférant l’abstention à un bulletin par défaut.

Chez d’autres, la déception laisse place au calcul. Didier Poussou, 45 ans, salue « un beau geste pour battre la gauche » et voit dans ce retrait la preuve que Sarah Knafo tient sa promesse de ne pas faire perdre la droite. « Ce n’est pas pour elle que je me déplacerai, c’est contre la gauche », résume‑t‑il, laissant entendre qu’il pourrait glisser un bulletin Rachida Dati.

«Il serait faux de croire qu’après son retrait, 100% de son électorat va se transférer mécaniquement sur Dati»

Pour Charles Sapin, journaliste politique au Point, plusieurs tendances se dessinent. « D’abord, l’électorat de Sarah Knafo n’est pas homogène : elle est partie autour de 4% au début de la campagne municipale, est montée au‑delà de 10% dans les sondages, avant de se stabiliser finalement autour de 10% », observe‑t‑il. « On peut penser, prudemment, qu’une majorité de ses électeurs va se reporter naturellement sur Rachida Dati », analyse‑t‑il, en rappelant que le parti Reconquête se revendique comme une force de droite et que le message central de campagne de Sarah Knafo, depuis le début, était de «battre la gauche». Idéologiquement, le choix de la candidate Les Républicains n’a rien d’une surprise pour une partie de cet électorat.

Sur les reports de voix, le journaliste politique évoque des ordres de grandeur plutôt qu’une mécanique automatique : « On peut imaginer de l’ordre de 60 à 70% des électeurs de Sarah Knafo se reportant sur Rachida Dati. Mais il serait faux de croire qu’après son retrait, 100% de son électorat va se transférer mécaniquement sur Dati. Une partie se réfugiera dans l’abstention ». Pour le spécialiste, une fraction de ces électeurs, issue du Rassemblement national et se définissant comme «ni de droite ni de gauche», refusera de voter pour Rachida Dati, pour des raisons tenant autant à sa personnalité qu’à son parcours.

« Certains ne voudront pas voter pour une ministre macroniste, puisqu’elle a été ministre de la culture d’Emmanuel Macron après avoir été ministre de Nicolas Sarkozy », observe Charles Sapin.

«Il y a aussi une partie de cet électorat très sensible aux ennuis judiciaires de Rachida Dati. Beaucoup ont choisi Sarah Knafo au premier tour pour voter à droite sans voter Dati, par défaut. Ceux‑là, pour le coup, ne voteront pas pour Rachida Dati au second tour», analyse le journaliste politique. Reste à voir si les reports de voix s’aligneront plutôt sur un 70–30 ou un 80–20 en faveur de Rachida Dati. À quelques jours du scrutin, une seule certitude : les 85.000 voix de Sarah Knafo n’ont pas encore toutes choisi leur camp.

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