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Chikirou, Dati, Grégoire : qu’est-ce qui les différencie ?

À quelques jours du second tour des municipales à Paris, les programmes de Sophia Chikirou, Emmanuel Grégoire et Rachida Dati se distinguent nettement sur les sujets jugés prioritaires par les électeurs parisiens. Selon un sondage Ipsos du 3 mars 2026, la sécurité arrive en tête des attentes, devant la propreté, le logement, l’environnement et l’accès aux soins. C’est à partir de cet ordre des priorités que se lisent le plus clairement les écarts entre les trois candidatures.

Crédits : Lorie Shaull

La sécurité, première ligne de fracture

Rachida Dati défend la ligne la plus ferme. Dans son programme, la candidate promet un corps de 5 000 policiers municipaux armés et formés, déployés jour et nuit. Elle prévoit aussi de doubler le réseau de vidéoprotection pour atteindre 8 000 caméras, reliées à un centre de supervision urbain unique.

Emmanuel Grégoire prévoit 1 000 policiers municipaux supplémentaires, qui s’ajouteraient aux 2 400 actuels. Il promet aussi une présence 24 heures sur 24 et davantage de points d’accueil de proximité. Enfin, il met l’accent sur la formation des agents, notamment contre les discriminations et le sexisme dans l’espace public.

Sophia Chikirou se situe sur une troisième ligne. Son programme prévoit de porter les effectifs à 3 500 agents de police municipale réellement formés et déployés, tout en refusant explicitement l’armement létal. Elle y ajoute des unités spécialisées sur la santé mentale, les addictions, le tourisme et les violences sexistes et sexuelles.

Propreté : efficacité, proximité ou remunicipalisation

Rachida Dati prévoit des brigades d’intervention d’urgence, davantage de verbalisation contre les tags et les dépôts sauvages, ainsi qu’un recours à des opérateurs privés pour la collecte, choisis sur des critères de performance. Elle propose aussi un plan spécifique de lutte contre la prolifération des rats.

Emmanuel Grégoire défend une approche mettant en avant des référents de quartier, une collecte à domicile des gros encombrants, la modernisation des outils de signalement et un objectif de 100 000 tonnes de déchets en moins grâce au tri, au compostage et à la prévention.

À l’inverse, Sophia Chikirou propose une rupture plus franche dans l’organisation du service. Son programme prévoit de remunicipaliser l’ensemble du service public de la propreté à l’horizon 2030, avec 300 agents supplémentaires d’ici 2032 et 30 à 40 millions d’euros d’investissement additionnel sur la mandature.

Logement : trois degrés d’intervention sur le marché

Rachida Dati met en avant une logique d’incitation. Son programme propose d’assouplir les plafonds d’encadrement des loyers pour les logements sortant des étiquettes F ou G après rénovation lourde, et fixe un objectif de 10 000 logements sociaux rénovés thermiquement par an. La candidate privilégie l’amélioration du parc et le retour sur le marché de logements rénovés.

Emmanuel Grégoire promet 60 000 logements sociaux et abordables supplémentaires durant le mandat et prévoit une brigade de protection du logement, chargée de faire respecter l’encadrement des loyers, de lutter contre les meublés touristiques illégaux et d’accompagner les locataires lésés. La mairie est ici conçue comme un régulateur plus actif du marché.

Sophia Chikirou pousse plus loin encore cette logique d’intervention. Son programme veut remettre sur le marché 80 000 biens retirés depuis dix ans. Pour cela, il prévoit plusieurs outils municipaux : une aide municipale ciblée sur 50 000 foyers parisiens les plus vulnérables, une Brigade du Droit au Logement avec triplement des agents dédiés, et une régie publique de gestion locative.

Environnement : derrière les mêmes promesses, des choix différents

Rachida Dati prévoit dans son programme la préservation des 200 000 arbres de Paris et des 300 000 arbres des bois, la création de 500 nouvelles bandes végétalisées, ainsi qu’un nouveau schéma global de circulation et la fin de la zone à trafic limité de Paris-Centre.

Emmanuel Grégoire s’inscrit dans la continuité de la transformation engagée depuis deux mandats. Il met en avant les Grandes Berges de Seine, soit 25 kilomètres de promenade continue, végétalisée et accessible. Il prévoit une réduction plus assumée de la voiture, avec une réaffectation d’une partie du stationnement de surface. L’écologie passe ici par la poursuite d’une recomposition de l’espace public déjà largement amorcée.

Sophia Chikirou adopte une ligne plus frontale. Son programme repose sur un PLU (Plan local d’urbanisme) bioclimatique, fondé sur le principe du « zéro béton inutile ». Il prévoit aussi une réduction de l’artificialisation des sols et une accélération de la renaturation urbaine. Le projet se veut moins gestionnaire que restructurant, avec un discours plus net sur la rupture écologique.

Accès aux soins : un thème plus discret, mais révélateur

Rachida Dati veut aider à l’installation de centres de soins non programmés pour désengorger les urgences. Un guichet unique pour la Maison départementale des personnes handicapées et un système de veille solidaire contre l’isolement sont aussi envisagé. La santé est ici abordée par l’accès et par la prise en charge des situations de fragilité.

Emmanuel Grégoire met davantage l’accent sur la prévention et la santé des plus jeunes. Il prévoit un bilan de santé complet pour chaque enfant en maternelle et en primaire. Un plan de santé sexuelle visant zéro nouvelle infection au VIH en 2030 est mis en avant.

Sophia Chikirou consacre, elle, un volet spécifique à un service public communal de la santé. Son programme fixe l’objectif d’au moins un centre de santé par arrondissement d’ici 2032. Il renforce aussi le réseau municipal et sa présence dans les quartiers populaires. Là encore, l’orientation est plus structurante, avec un rôle accru confié à la ville.

Derrière les programmes, trois conceptions de Paris

À ce stade de la campagne, les écarts de programme apparaissent donc sans grande ambiguïté. Derrière des priorités parfois communes, ce sont bien trois conceptions de Paris qui s’affrontent. Trois manières d’administrer la capitale, d’organiser son quotidien, de décider ce qu’elle doit corriger, préserver ou transformer. À quelques jours du scrutin, la ville se retrouve ainsi face à trois trajectoires distinctes. Dimanche soir, les Parisiens diront laquelle ils auront choisi de suivre.

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