| | | | | |

Pourquoi la droite progresse partout… sauf à Paris  

MUNICIPALES. À une semaine du premier tour, les sondages confirment la montée des droites radicales à l’échelle nationale, mais les grandes métropoles, et Paris en particulier, échappent à cette dynamique, où la gauche reste très ancrée. Analyse. 

Municipales 2026 :  un virage à droite ? La dernière enquête de l’Ifop et de Terram, publiée à une semaine du premier tour des élections municipales, révèle une avancée significative de la droite radicale : 28% des votants souhaitent voir le Rassemblement National (RN) l’emporter, soit deux fois plus élevé qu’en 2020 (13%). Au total, en y ajoutant Reconquête (3%), la droite radicale s’attire ainsi un tiers des souhaits de victoire (31%), contre 20% pour le bloc central et un quart (26%) pour les gauches.  

Si le RN progresse fortement dans plusieurs villes comme Perpignan, Nice, Toulon, Marseille, Nîmes ou Béziers, il reste en revanche nettement plus faible dans les grandes métropoles comme Paris, où Thierry Mariani (RN) ne recueille que 3 % des intentions de vote et où Emmanuel Grégoire (PS) arrive en tête avec environ 30 % dans les derniers sondages. 

Une poussée nationale portée par des thèmes sécuritaires 

À l’échelle nationale, plusieurs facteurs expliquent cette dynamique. D’après le dernier sondage de l’Ipsos, trois des cinq thèmes les plus déterminants du vote reprennent des sujets qui se retrouvent au cœur du discours politique de droite : l’immigration (33%), la sécurité (31%) et les déficits publics (23%), avec une nette augmentation (+23 points, + 14 points et +5 points). Si ces sujets ne sont plus l’apanage de la droite, dans certaines communes et zones rurales, la gauche traditionnelle perd du terrain face à la droite et au RN qui semblent davantage mettre l’accent sur l’emploi, la sécurité et les services locaux. 

L’enquête met également en lumière un clivage géographique marqué selon la taille des communes, où le RN enregistre son score le plus élevé dans les communes de moins de 1 000 habitants (43 %), un niveau deux fois supérieur à celui constaté dans les agglomérations de plus de 100 000 résidents (21 %). 

Dans les métropoles, un électorat plus résistant à la droitisation 

La situation est différente dans les grandes métropoles. À Paris, la mairie est dirigée par la gauche depuis 2001, d’abord avec Bertrand Delanoë puis avec Anne Hidalgo qui remporte deux fois de suite les municipales (2014 et 2020). Même si certains sondages montrent une progression de la droite, la capitale reste sociologiquement plus favorable aux partis progressistes. 

« C’est une population plus bourgeoise, libérale, intégrée à la mondialisation », explique Arnaud Benedetti, politologue et essayiste français, ce qui contraste avec l’électorat du RN. « Le RN a du succès dans les campagnes et les villages car son électorat est beaucoup plus populaire », ajoute-t-il. Cette différence sociologique explique pourquoi le RN n’a jamais réussi à s’implanter dans la capitale, ni dans les grandes métropoles qui restent une « terre de mission » pour le parti, contrairement aux communes locales ou aux métropoles du sud-est (Nice, Marseille, etc.) où le parti est historiquement implanté et voit sa popularité croître. 

Reconquête, en revanche, gagne un peu de terrain à Paris car elle attire une autre catégorie d’électeurs : « Le parti de Zemmour s’adresse à une population conservatrice, bourgeoise et libérale ». Si les deux partis mettent en avant des fonctions régaliennes similaires, comme la sécurité et l’immigration, leurs approches économiques diffèrent. Là où Reconquête défend une forme de libéralisme, le RN reste ambigu sur le plan économique, ce qui explique aussi en partie pourquoi Marine Le Pen se présente comme « ni de droite ni de gauche ». 

Le cas emblématique de Paris 

Pour les partis de droite, l’enjeu des municipales de 2026 sera donc double : consolider leurs positions dans les villes moyennes tout en tentant de percer dans les grandes métropoles. À Paris, la candidature de Rachida Dati (centre-droit) pourrait réduire l’écart avec la gauche, mais même en cas de progression, les métropoles demeurent des terrains électoraux difficiles pour la droite radicale. Cependant, l’union des droites proposée par Sarah Knafo mais refusée par la maire du VIIe, pourrait rebattre les cartes, atteignant une majorité de 38% (excepté Pierre-Yves Bournazel) face à Emmanuel Grégoire. Une possible union de la droite témoignerait-elle alors d’une droitisation ?  

Les municipales de 2026 permettront ainsi de mesurer si cette fracture territoriale du vote français continue de s’accentuer, ou si de nouveaux équilibres politiques commencent à émerger dans les grandes villes.  

À LIRE AUSSI