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« Paris d’avant » : autopsie d’une nostalgie 

Ils veulent retrouver Paris, la reconquérir, en finir avec des années de dégradation. Rachida Dati, Sarah Knafo et Thierry Mariani ont fait du sentiment d’une « ville perdue » le carburant central de leur campagne. Mais que projettent-ils exactement, et jusqu’où pourront-ils aller ?  

« 25 ans de socialisme » qui auraient défiguré la capitale. Pour ces trois candidats, le diagnostic est le même : Paris a perdu de son éclat. Une ville mal gérée selon eux, qui aurait perdu son identité, son esthétique et sa sécurité. Selon un sondage réalisé par Ipsos, la sécurité et la propreté arrivent en tête des préoccupations parisiennes. Une aubaine dont les candidats à la mairie de Paris n’ont pas manqué de se saisir.  

Paris, c’était mieux avant ?  

Rachida Dati – candidate LR créditée à 27% des intentions de vote – résume ce bilan en une image devenue signature de sa campagne : « On bétonne, on bricole, on adore la palette, le plot jaune et le bloc de béton ». Une formule qui vise tout autant l’enlaidissement de la ville que les architectes de ce supposé désastre esthétique. Ce qu’elle nomme « le socialisme municipal destructeur » équivaut à une vision de la ville qu’elle juge provisoire, idéologique et indifférente à la beauté. En réponse, la candidate de droite promet une charte esthétique pour l’ensemble de la capitale – destinée à imposer une cohérence visuelle et patrimoniale à tous les futurs travaux d’aménagements. Pour Rachida Dati, briguer la mairie de Paris, c’est incarner la promesse d’une capitale rendue à son rayonnement mondial.  

Sarah Knafo – candidate « pour une ville heureuse » – projette de défaire les transformations des années Hidalgo, pour « créer un nouvel âge d’or » dans la capitale. Elle affiche notamment vouloir tourner la page de la « politique de la laideur » – en redonnant à Paris un mobilier urbain à la hauteur de son identité esthétique historique. Au Dôme de Paris, le 9 mars dernier, le meeting de la candidate Reconquête s’ouvrait sur un fond sonore signé Joe Dassin et Édith Piaf. Ambiance soigneusement orchestrée.  

Thierry Mariani – au sommet de la liste « Retrouvons Paris » – assume la nostalgie sans détour. Sa référence est explicitement répétée : la gestion chiraquienne de la ville, celle qu’il décrit comme un Paris « bien plus propre, bien mieux organisé, et bien mieux géré qu’aujourd’hui ». Là où Dati habille sa critique en projet esthétique et Knafo en promesse de reconquête, Mariani assume le retour en arrière comme unique horizon. Un programme qui ne table pas sur de grands travaux innovants, mais sur la restauration d’un ordre urbain jugé perdu : moins de vélo, plus de voitures, et une ville nettoyée à toute heure.  

« Retrouver Paris », ça veut dire quoi ?  

Trois candidats qui mijotent des mesures concrètes, non sans une part de spectaculaire. La candidate Reconquête promet de rouvrir les voies sur berges à la circulation automobile – un chantier qu’elle évalue à 60 millions d’euros sur dix-huit mois -, de repasser la vitesse maximale à 80 km/h sur le périphérique, et de ramener le tarif du stationnement à 5 euros de l’heure pour tous les automobilistes (contre 37 euros actuellement pour les SUV).  

Dati, de son côté, opte pour le terrain budgétaire. Sa promesse : un « choc de gestion », passant notamment par la fin des subventions aux associations qu’elle juge étrangères aux intérêts des Parisiens – pour une économie annuelle estimée entre 1,8 et 2 milliards d’euros. Celle qui se présente comme une « enfant du logement social » s’en prend à la gestion de la gauche : « Le logement social, pour cette gauche, ce sont des réserves électorales. Il est là le scandale. Je vais rénover l’ensemble du parc social ».  

Mariani pousse la logique encore plus loin, en promettant d’y instaurer une priorité nationale au bénéfice des travailleurs et des Français. Une mesure qu’il conditionne toutefois à une victoire de son camp sur le plan national en 2027 – aveu implicite qu’elle échappe, pour l’heure, aux compétences de la mairie.  

Des promesses à l’épreuve du droit  

Mais certains juristes y voient un hic. Selon eux, la priorité nationale n’est pas applicable en l’état du droit français. La mairie de Paris – de quelque bord qu’elle soit – ne peut pas modifier unilatéralement les règles d’attribution des logements sociaux.  

Dans une enquête publiée par France Info en janvier, François Benchendikh – chercheur spécialiste en droit du logement – est catégorique : « La priorité nationale en matière de logement n’est pas réaliste, puisque l’état du droit, le code de la construction et de l’habitation, et d’autres dispositions juridiques ne permettent pas cette possibilité ». Il ajoute qu’ « il n’y a pas de possibilité de déroger à cette disposition, sans quoi l’acte qui serait pris par la commission d’attribution serait jugé illégal par le juge administratif ».  

La réouverture des voies sur les berges cause également nombre de difficultés. Des experts en urbanisme rappellent que ces berges s’inscrivent au cœur du périmètre classé au patrimoine de l’UNESCO – zone soumise à de nombreuses protections règlementaires. Revenir sur leur aménagement piéton serait donc un parcours d’obstacles juridiques et patrimoniaux qui prendrait plusieurs années.  

Retrouver Paris, soit. Reste une question : les Parisiens ont-ils, eux, envie de tourner la page ?  

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