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Municipales 2026 : pourquoi les maires sortants sont-ils réélus plus facilement ?

Décryptage – Lors des élections municipales de 2026, à Paris, les maires déjà en place abordent le scrutin en position de force : certains ont été réélus dès le premier tour, d’autres s’annoncent favoris avant le second. Pourquoi les sortants bénéficient‑ils d’un tel avantage ?
Source : Pexels

À l’issue du premier tour des élections municipales ce 15 mars, 33.305 communes disposaient déjà d’une liste victorieuse, selon les données du ministère de l’Intérieur. De quoi permettre à une part importante des Français de connaître d’ores et déjà leur futur maire. Selon l’économètre Pierre‑Henri Bono, environ 60 % de la population conserve le même responsable municipal d’un scrutin à l’autre, d’après un panorama statistique publié en mars 2026.

« C’est un phénomène assez généralisé. En anglais, on parle d’incumbency effect, que l’on peut traduire par la prime au sortant», observe Min Reuchamps, professeur de science politique à l’Université catholique de Louvain en Belgique. Celle‑ci traduit l’avantage conféré à un élu déjà en poste lorsqu’il se représente. Les données électorales montrent que, d’un scrutin municipal à l’autre, seuls 14 à 16 % des maires sortants sont battus. On vous explique pourquoi.

Une base électorale et un effet de notoriété

Cet avantage tient d’abord à la base électorale déjà acquise par le maire en place. «Ils ont déjà pu recueillir un certain nombre de suffrages», détaille le professeur Min Reuchamps. À cela s’ajoute un effet de notoriété, que le chercheur juge déterminant dans les grandes villes, car «les électeurs ne connaissent pas tous les candidats» et «quelqu’un qui a déjà exercé la fonction de maire sera plus visible dans l’offre de candidatures».

Le politologue Martial Foucault observe également d’autres mécanismes, notamment la recherche de stabilité. «Beaucoup d’électeurs sont attachés à une forme de conservatisme lorsque la municipalité ne souffre pas de mauvaise gestion ou que le maire est apprécié.» Être en poste confère aussi une notabilité, donnant l’impression que l’on a déjà choisi le bon candidat. Pour certains électeurs, la personnalité du maire prime même sur son programme.

«Si le maire est jugé exemplaire, disponible et présent, loin des polémiques, il gagne la confiance et la sympathie des électeurs», observe Martial Foucault.

Enfin, l’explication réside aussi dans l’offre électorale. «Si autant de maires sortants sont réélus dans les communes françaises, c’est aussi parce qu’ils font souvent face à peu de concurrence. C’est particulièrement vrai pour le scrutin de 2026 : dans 68 % des communes, une seule liste était en lice», rappelle-t-il.

À Paris, plusieurs maires reconduits

Certains élus ont déjà leur mandat en poche, quand d’autres abordent le second tour en position de force. Dans le XIIIᵉ arrondissement, le maire socialiste Jérôme Coumet (union de la gauche) est réélu dès le premier tour avec un peu plus de 51,5% des voix. À droite, Rachida Dati (Les Républicains) conserve le VIIᵉ arrondissement dès le premier tour, comme en 2020, tandis que Philippe Goujon (LR), dans le XVᵉ, semble bien parti pour rempiler pour un quatrième mandat. Dans le XVIIᵉ, Geoffroy Boulard (LR), maire depuis 2017 et déjà reconduit en 2020, recueille autour de 40% des suffrages et devance nettement les autres listes. La prime au sortant joue aussi dans le Xᵉ arrondissement, où la maire socialiste Alexandra Cordebard vire en tête avec près de 43% des suffrages.

Pour autant, cet avantage peut s’effriter, notamment «si une part significative de l’électorat estime que le bilan n’est pas bon», note Min Reuchamps. Dans le XVIIIᵉ arrondissement, Éric Lejoindre (Parti socialiste, union de la gauche) apparaît affaibli après la polémique sur les notes de frais des élus, avec un score d’environ 33 %. Dans le XIIᵉ, Emmanuelle Pierre-Marie (Europe Écologie-Les Verts) a pour sa part renoncé à briguer un second mandat en raison d’accusations de harcèlement. La prime au sortant demeure bien réelle, mais elle n’est pas un rempart infaillible : lorsque le bilan est contesté ou la réputation fragilisée, même les figures les mieux implantées peuvent vaciller.


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