Sur les hauteurs de Belleville, Grégoire galvanise les siens
Vendredi soir, dans le parc de Belleville, Emmanuel Grégoire a tenu son dernier meeting avant le second tour des municipales. En plein air, sur les hauteurs de Paris, le candidat socialiste a tenté de resserrer son camp tout en l’élargissant face à Rachida Dati.

Depuis le belvédère de Belleville, le soleil se couche sur la capitale dans une ambiance de Fête de l’Huma. Bières à la main, reggae en fond sonore, drapeaux socialistes, écologistes et communistes brandis. On se salue, on s’interpelle, on s’embrasse, on rigole. L’instant d’avant-meeting ressemble moins à une fin de campagne qu’à un before parisien, un vendredi soir dans les quartiers nord de la capitale.
Le public a ses codes et ses habitudes. Beaucoup de jeunes, ou de « vieux jeunes », se retrouvent. Une gauche urbaine, familière d’elle-même, reconnaissable au premier regard. Des groupes se forment entre les Jeunes Écologistes, les vieux communistes et les militants de la première heure d’Emmanuel Grégoire. Du côté de La France insoumise, en revanche, aucune bannière, aucun signe visible. À deux jours du second tour, cette absence se remarque presque autant que les présences, même si de nombreux partisans de LFI sont là.
C’est le cas de Clément, étudiant en sociologie à la Sorbonne. Il dit avoir voté Sophia Chikirou au premier tour. Mais dimanche, ce sera Grégoire : « Il faut faire barrage à la droite et à l’extrême droite, c’est l’essentiel. J’ai voté Chikirou au premier tour, mais là je vote Grégoire. Le danger est trop grand ». Puis, en brandissant son drapeau, il ajoute fièrement : « Paris est et sera toujours à gauche ». À sa manière, la phrase résume presque le slogan du Parti socialiste. Rester à gauche, voilà l’essentiel du programme.
Faire bloc avant dimanche
Autour de la scène, les gradins se remplissent peu à peu. Les militants sont nombreux. Les consignes reviennent comme un refrain chez les organisateurs : mobiliser, faire voter, décrocher des procurations. Faire en sorte que Paris reste Paris et que Paris reste une ville de gauche, voilà le mot d’ordre.
Puis viennent les interventions des cadres du parti : Lucie Castets, Ian Brossat, Éric Pliez, Lamia El Aaraje. Tous défilent au micro pour porter, au fond, le même message : barrer la route au front rassemblé autour de Rachida Dati. À la moindre allusion à son camp, des huées montent aussitôt. L’adversaire est connu et pointé du doigt. « Il faut absolument faire barrage à la droite qui s’est honteusement alliée à l’extrême droite », lance Éric Pliez, maire du 20e arrondissement, où se tient le meeting.
Une ferveur à éprouver au-delà du Belvédère
Puis Emmanuel Grégoire arrive, accueilli comme une véritable rockstar sur une musique composée à son honneur. Il parle, l’agora se tait. Son discours, assez long, peut se résumer, sans grand suspense, à une idée : battre « l’alliance Macron-droite-extrême droite ». Il promet un Paris plus juste, plus social, plus respirable, une ville faite « pour les enfants », et jure de faire la lumière sur les affaires révélées dans le périscolaire. Surtout, il répète encore et encore que « Paris doit rester à gauche ». Le public suit.
« N’ayez pas peur. Jamais peur »• L’injonction au courage fait mouche. Le public, se croyant à la veille d’une révolution fasciste, applaudit comme s’il s’agissait déjà d’un acte de résistance. À cet instant, pour les siens, Grégoire n’est plus seulement un candidat. Il prend presque des airs de Jean Moulin.
C’est sans doute cela que le rassemblement racontait le mieux. Une ferveur réelle, une ambiance chaleureuse, une foule fidèle, pleine de bons sentiments et convaincue d’être investie d’une mission antifasciste. Il se dégageait de tout cela une forme de beauté. Une flamme circulait dans le cœur des militants, et Emmanuel Grégoire a su la rallumer. Reste à savoir si, au-delà de ces hauteurs déjà conquises, la ville suivra le même mouvement dimanche.
