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Un meeting aux allures de présidentielles : quand Jean-Luc Mélenchon vole la vedette à Sophia Chikirou 

REPORTAGE – À l’approche du premier tour, la campagne s’intensifie et les candidats multiplient les rassemblements pour convaincre les électeurs. Ce lundi soir, la candidate insoumise Sophia Chikirou tenait son dernier meeting de campagne, écrasée par un Jean-Luc Mélenchon rivé sur 2027.

Par Nathan Duprat et Daniel Alvarez

Bien avant le début de la réunion publique, la file d’attente s’étire déjà à perte de vue à l’extérieur de la Maison de la Mutualité dans le 5e arrondissement. Des militants patientent en scandant des slogans antifascistes. À l’intérieur, l’ambiance monte rapidement : un jeune homme se met devant la scène en entrainant le théâtre entier aux notes de « Siamo tutti antifascisti ! ». Une fois le moment solennel passé, une majorité de drapeau LFI sont brandis ainsi que des pancartes ayant pour slogan « Nouvelle France » avant d’entamer un nouveau chant : « Nous sommes tous des enfants de Gaza ! » 

« Paris n’est pas à vendre ! » 

Près de 2 000 personnes prennent place dans le théâtre et plusieurs dizaines de personnes restent debout en fond de salle, faute de place.  La tension monte entre certains militants et journalistes, lorsqu’un homme s’écrie « connards de journalistes, baissez-vous ! On n’est pas venu ici pour vous ! » et se permet même un geste déplacé envers un photographe. 

Lorsque Sophia Chikirou apparaît sur scène, vêtue d’une combinaison rose — un clin d’œil à la Journée internationale des droits des femmes célébrée la veille —, la salle se lève et applaudit longuement.  

« Paris n’est pas à vendre », lance-t-elle d’emblée, visant les grands projets immobiliers et les intérêts économiques qui, selon elle, façonnent aujourd’hui la ville. Pendant une vingtaine de minutes, la candidate déroule sa vision pour la capitale sous les applaudissements. 

Les milliardaires, Sarah Knafo et le PS passent à la casserole 

Contre Emmanuel Grégoire, Sophia Chikirou promet de mettre fin à plusieurs projets de bureaux et d’orienter les politiques urbaines vers davantage de « parcs ». Elle affirme que près de 1,5 million de mètres carrés de bureaux seraient aujourd’hui vides dans la capitale.

La candidate s’en prend aussi frontalement aux grandes fortunes et aux groupes économiques qu’elle accuse d’influencer la politique municipale. « Les milliardaires s’approprient Paris », martèle-t-elle, dénonçant une ville devenue selon elle « un panneau publicitaire géant au service des grandes entreprises ». 

Le ton est régulièrement ponctué de slogans scandés à l’unisson par une salle en effervescence tels que « Et la jeunesse emmerde le Front national ! » ou encore « Tout le monde déteste le PS ! ». 

La députée de la 6e circonscription parisienne attaque ensuite Rachida Dati en quelques mots seulement, pour se concentrer ensuite sur la gauche : « Si vous ne savez pas faire la différence entre extrême gauche et extrême droite, alors c’est que vous êtes contaminés. Ou vous n’êtes pas de gauche. » Après avoir pris la parole durant vingt minutes, le moment le plus attendu arrive : Jean-Luc Mélenchon entre sur scène sous des cris de « Président ! Président !…». Le leader insoumis aura quant à lui droit à une heure de parole. 

Il enchaîne ainsi les attaques contre « l’extrême droite » en visant particulièrement « Sarah Knafo », « les bourgeois », « Bolloré », « Némésis », « le fascisme », « Trump », « Netanyahu » mais aussi le « Parti socialiste et les écologistes » accusés de s’éloigner du combat antifasciste. À plusieurs reprises, des noms d’adversaires politiques provoquent huées et réactions bruyantes. 

« Front unique antifasciste » et présidentielle 

Son discours dépasse largement les enjeux municipaux : il évoque les tensions internationales, la situation à Gaza et critique ce qu’il considère comme l’effondrement du droit international. Il appelle aussi les militants à se mobiliser massivement dans les urnes contre « les fascistes » et à créer un « front unique antifasciste ». 

Le leader insoumis entouré par Manon Aubry, Louis Boyard et la figure controversée Assa Traoré.

Dans la salle, les militants savourent la soirée. Clara, 27 ans, venue du 19ᵉ arrondissement, se dit impressionnée par « l’énergie collective ». « On sent une vraie mobilisation et les propositions sur les espaces verts ou le logement parlent aux habitants », estime-t-elle. Karim, 41 ans, venu avec des amis, retient surtout l’atmosphère. « L’ambiance était incroyable. Les chants, les discours, la foule… On a l’impression de participer à un moment politique important », raconte-t-il. 

En filigrane, Jean Luc Mélenchon assume une stratégie plus large : « Nous préparons la présidentielle avec les outils de cette campagne », affirme-t-il. Entre démonstration de force militante, programme municipal, discours national et (très) international, ce rassemblement marque le lancement offensif de la campagne des insoumis pour la bataille de Paris, mais aussi sa candidature officieuse à la présidentielle de 2027.  

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