Mairie de Paris : les trois visages historiques de la capitale
L’histoire de la mairie de Paris est loin d’être un long fleuve tranquille. Entre révolution, siège militaire, Commune et retour tardif à l’élection par ses habitants, la capitale a vu passer des figures dont le destin a marqué l’héritage de l’Hôtel de Ville.
Rachida Dati, Sarah Knafo, Emmanuel Grégoire… de nombreuses personnes s’attirent les projecteurs en se présentant à la mairie de Paris. Anne Hidalgo, maire de Paris depuis 12 ans, s’est d’ailleurs faite un nom dans la politique française grâce au prestige de ce statut. D’autres personnalités, à d’autres époques, ont été oubliées, du moins comme occupant de ce poste, malgré l’empreinte qu’ils ont laissé sur l’Hôtel de Ville.
JEAN-SYLVAIN BAILLY : LE PREMIER MAIRE… GUILLOTINÉ

Crédit: Le musée Carnavalet
Le 14 juillet 1789 ne marque pas seulement la prise de la Bastille : c’est aussi le dernier jour de Paris sans maire. Après l’assassinat du prévôt des marchands Jacques de Flesselles, accusé de trahison, la capitale doit se doter d’un nouvel exécutif municipal. Le 15 juillet 1789, Jean-Sylvain Bailly est élu maire par acclamation. Astronome reconnu, membre de l’Académie française, premier député du tiers état aux États généraux, Bailly incarne alors l’espoir d’une monarchie constitutionnelle modérée. Sa popularité est immense. Elle s’effondre brutalement le 17 juillet 1791. Face à une foule rassemblée au Champ-de-Mars pour réclamer la déchéance du roi, il ordonne à la garde nationale de tirer. La fusillade fait plusieurs dizaines de morts. Bailly démissionne peu après. Deux ans plus tard, en pleine Terreur, il est arrêté, jugé par le Tribunal révolutionnaire et guillotiné le 10 novembre 1793. Premier maire de Paris. Premier maire exécuté. Le symbole est puissant : à Paris, la fonction est politiquement majeure… et dangereuse.
JULES FERRY : LE DERNIER MAIRE PENDANT 106 ANS

Crédit : Le musée Carnavalet
Célèbre pour être l’homme des grandes lois scolaires rendant l’école gratuite, obligatoire et laïque, Jules Ferry fut maire de Paris avant cela. En 1870, la France est en guerre contre la Prusse, essuie la défaite de Sedan et la capitale est assiégée. C’est dans ce contexte qu’il est nommé maire provisoire de Paris. Il est ainsi chargé d’organiser le ravitaillement et le rationnement. Il impose des restrictions alimentaires drastiques et tente de maintenir l’ordre dans une ville affamée. Son impopularité explose, lui valant le surnom de « Ferry la famine ». Le 18 mars 1871, l’insurrection éclate : c’est le début de la Commune de Paris. Ferry quitte la capitale pour Versailles.
Après l’écrasement de la Commune, l’État décide de supprimer la fonction de maire de Paris. La capitale sera administrée directement par le pouvoir central. Résultat : Jules Ferry restera le dernier maire de Paris pendant 106 ans.
JACQUES CHIRAC : LE RETOUR DU MAIRE ÉLU

Il faut attendre la loi du 31 décembre 1975 pour que Paris retrouve un maire élu. En 1977, les Parisiens votent à nouveau pour leurs conseillers municipaux. Réunis à l’Hôtel de Ville, ces derniers élisent le maire de Paris. Le vainqueur n’est nul autre que Jacques Chirac. C’est un tournant institutionnel majeur. Depuis la Commune, Paris ne choisissait plus son exécutif municipal. Avec Chirac à ce poste, la capitale retrouve un pouvoir local incarné. Le mandat de Jacques Chirac à la mairie (1977–1995) marque le retour d’un leadership politique fort à Paris. Il transformera la fonction en tremplin national : en 1995, il devient président de la République. Anne Hidalgo a bien essayé de faire la même chose, avec moins de réussite cependant.
L’histoire de la mairie de Paris permet de retracer plus globalement l’histoire de France. Entre guillotine, famine, poste supprimé pendant plus d’un siècle et maire devenu futur président, la mairie de Paris n’a jamais été qu’un simple poste administratif. Elle est un baromètre des tensions nationales, et parfois même leur épicentre. La bataille de Paris n’est que l’ombre de la bataille nationale.
