L’insécurité des femmes à Paris : un sujet mal traité dans les programmes
À Paris, 91 % des victimes d’agressions sexuelles dans les transports sont des femmes, selon l’Observatoire de la Mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof), un chiffre qui place la sécurité des Parisiennes au cœur des enjeux à quelques jours des municipales.
Dans les programmes des candidats à la mairie de Paris, la sécurité – notamment celle des femmes – s’impose comme un enjeu partagé par tous les partis. À gauche, l’insécurité des femmes est abordée à travers le thème plus général de la « lutte contre les discriminations et le sexisme ». Le candidat Emmanuel Grégoire (PS) propose par exemple le renforcement des effectifs de police à 5000, la formation des policiers municipaux pour « lutter contre toutes les discriminations et contre le sexisme dans l’espace public », ainsi qu’un « droit à la nuit » avec éclairage renforcé, brigades nocturnes et dispositifs d’alerte dans les abribus. Sophia Chikirou (LFI) associe cette question à la lutte contre les violences racistes et LGBTIphobes et défend une approche plus féministe : « À Paris, nous bâtirons une commune résolument féministe et inclusive », en proposant notamment une cellule municipale d’aide psychologique et juridique.
Toutefois, ces mesures prolongent largement les politiques déjà mises en œuvre sous la mandature d’Anne Hidalgo, sans réelle rupture : elle avait déjà instauré une police municipale de 5 000 agents, présente 24h/24 et 7j/7, chargée notamment de lutter contre le harcèlement de rue. Pourtant, le sentiment de l’insécurité des femmes persiste à Paris.
À droite, le sujet est intégré dans un discours plus large sur la lutte contre l’insécurité. Sarah Knafo affirme que « une ville heureuse est une ville où vous vous sentez en sécurité » et propose notamment 8 000 policiers municipaux armés, ainsi que des réverbères intelligents anti-agression. Rachida Dati dénonce quant à elle une situation où « les femmes sont les premières victimes de cet abandon », et promet 5 000 policiers municipaux armés ainsi qu’un doublement des caméras de vidéoprotection pour sécuriser l’espace public.
Ce que pensent les Parisiennes
Mais certains programmes laissent plutôt sceptiques les Parisiennes. Lilou, 20 ans, étudiante infirmière, dénonce dans certains programmes le fait qu’« on entend plus parler de la sécurité des LGBT que celle des femmes » et considère que le sujet devrait « être un thème à part entière ». Elle explique alors ne jamais être totalement rassurée, « en particulier le soir après minuit, ou bien dans certains quartiers ». « J’ai déjà été embêtée à plusieurs reprises dans le métro : on m’a suivie, on me regardait avec insistance, on m’a attouchée… ».
Constance, étudiante à Assas dans le VIe arrondissement rejoint cette idée, la sécurité des femmes « devrait être une priorité dans les programmes ». Pour elle, la plupart des solutions proposées « restent superflues », et « n’attaquent pas le problème à sa racine », car elle estime que l’insécurité est liée, en partie, à une « politique migratoire mal contrôlée » et à l’incivilité. Âgée de seulement 21 ans, elle raconte avoir déjà été victime d’attouchements dans une rame et « ne rentre jamais seule le soir, mais toujours accompagnée ou en taxi », ce qui pour elle ne devrait pas être quotidien.
Même son de cloche pour Joséphine, 23 ans, qui dit rester constamment sur ses gardes : « il y a des lieux que j’évite, des rues que je détourne parce que je sais qu’elles ne sont pas sûres. » Si elle n’a jamais subi d’agression, elle explique vivre quand même « des situations d’insécurité ». Pour elle, c’est un « problème grave ». Même si les programmes en parlent, il n’est pas assez traité comme une priorité.
Malgré les promesses qui sont faites depuis plus de vingt-cinq ans, les Parisiennes restent confrontées à cette même réalité : l’insécurité ne fait qu’augmenter. D’après les chiffres de la Préfecture de Police, il y a une une hausse de 7,9 % de violence sexuelle et de 4,2% d’agression physique à Paris en 2025 par rapport à l’année précédente.
