|

Libraires et cinémas indépendants : dans le Ve arrondissement, ces lieux culturels à la santé fragile 

Pénalisé durant la crise du Covid 19, le secteur culturel indépendant se relève peu à peu. Cinémas, librairies : dans le quartier latin, les acteurs concernés entendent rester à la page et continuer d’affirmer qu’ils existent alors que les candidats aux municipales ne se bousculent pas sur les thématiques culturelles.  

Par Mathilde Henry Chanson et Gabriel Moser

Rue des Ecoles dans le Quartier Latin, les étudiants de la Sorbonne côtoient leurs professeurs une fois les cours passés dans les cafés, mais aussi dans les librairies. Les affiches des candidats pour l’élection de ce dimanche s’inscrivent également dans le paysage. Mais n’impriment pas.  Dans ce quartier historique de Paris, le Ve arrondissement, les enjeux ne sont pas médiatiques. La sécurité ? « pas une priorité », lâche un commerçant. Ici, on regarde vers la culture.  

Le quartier latin continue de regorger de petites boutiques où les années passent à mesure que les pages se tournent et se retournent. Pour les municipales, ces lieux ne sont pas uniquement un simple enjeu de proximité et de vitalité économique. Ils sont aussi un visage historique de la capitale qu’il faut préserver et qui continue d’attirer. 

« On s’en sort car on fait de l’occasion » 

« On a des habitués et des touristes », confie Véronique. Vendeuse depuis 2008 au sein d’une librairie d’occasion spécialisée dans la BD, la professionnelle tire un bilan économique contrasté de son activité. « Certes on attire car on est bien situé, mais depuis plusieurs années les gens ont moins d’argent ». Une question de pouvoir d’achat grève, selon elle, son activité. « Nous on s’en sort car on fait principalement de l’occasion, mais ce n’est pas évident ». 

Entre des pléiades et autres éditions originales qui affichent des prix de vente à faire pâlir nombre de porte-monnaies, et des livres d’occasions écornés, vendus un ou deux euros pièce, un paradoxe saisissant apparaît. Celui d’un modèle économique qui oscille entre une offre d’exception et de la seconde main. « Pour Noël, les gens se rabattent sur l’occasion maintenant », complète Véronique. 

Venir en aide à ces lieux « essentiels » 

Tous les libraires l’assurent pour autant, à rebours d’une croyance désormais bien ancrée dans l’opinion : les personnes aiment toujours lire. Cette passion livresque, part de l’exception culturelle française, entend être préservée par les candidats. Sophia Chikirou, candidate LFI, souhaite ainsi mettre en place un fonds destiné aux librairies et cinémas indépendants, ces lieux de vie « essentiels », souligne-t-elle. De l’autre côté de l’échiquier, si Sarah Knafo (R!) ne présente pas de plan précis pour ces lieux culturels, elle insiste sur l’importance de conserver le caractère historique de la capitale grâce à une « politique du beau ». « Paris doit préserver et restaurer son patrimoine éternel », complète la candidate.  

Un projet qui, dans le Ve arrondissement, semble viser quelque peu à côté. « Notre façade est classée monument historique, de ce point de vue-là, nous sommes protégés » commente Jean-Claude, employé au « Champo » . Dans ce cinéma d’art et d’essai emblématique de la capitale, ce n’est pas l’effritement de la façade historique qui fait peur, mais l’effritement relatif du soutien politique pour la cause culturelle.  

Le cinéma survit grâce à « l’aide de la Mairie » 

« Le niveau du politique est bas, ça m’inquiète, ajoute-t-il. Il faut être conscient que sans l’aide de la Mairie et le soutien majeur du CNC (le Centre national du cinéma et de l’image animée), le cinéma indépendant est fragilisé ». Ces vingt-cinq dernières années de politique socialiste ont assuré une aide considérable au Septième art, avec la mise en place de différents dispositifs tels que « Enfances au cinéma », « Collège au cinéma » ou « Mon Premier Festival », adressés au jeune public, ou plus récemment la « Mission Cinéma », un dispositif qui subventionne les quarante salles indépendantes parisiennes.  

Ces dernières étant reconnues par la Ville de Paris comme des lieux qui assurent « l’animation et la proximité dans les quartiers, mais [qui] demeurent fragiles ».  

 « Les différents programmes des candidats ne font à priori pas de la culture leur priorité, alors on espère qu’ils continuent ce qui a été mis en place » exprime Jean-Claude. Irons-nous jusqu’à l’écran noir ? Si Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons, ne présente pas de mesure précise pour le septième art et la littérature, il s’indigne d’une politique culturelle devenue « hésitante » à Paris et dénonce un manque de stratégie.  

Emmanuel Grégoire, représentant de la Gauche Unie, se montre plus exhaustif. « Un fonds de soutien » pour les lieux culturels indépendants est annoncé. Enfin, l’ancienne ministre de la Culture et candidate LR, Rachida Dati, axe davantage son projet sur des créations d’animations éphémères (festivals) dans tout Paris, plutôt que de parier sur l’existant.  

À LIRE AUSSI