«Le vote passe après» : pourquoi certains électeurs ne se déplaceront pas

REPORTAGE – À quelques jours du second tour des élections municipales, les appels à la mobilisation se multiplient. Pourtant, sur le terrain, de nombreux facteurs peuvent encore éloigner les électeurs des urnes : météo, désintérêt ou encore contraintes du quotidien.

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Un sondage, un débat raté, une averse… À l’approche du scrutin du 22 mars, de nombreux facteurs, parfois anodins, peuvent peser sur la participation. Les travaux des économistes Christian Ben Lakhdar et Éric Dubois mettent en évidence l’impact de la météo : une mauvaise météo s’accompagne en moyenne d’un point d’abstention supplémentaire, tandis qu’un temps plus clément favorise légèrement la participation. Pour parvenir à ce constat, ils ont croisé les résultats des élections présidentielles entre 1988 et 2002 avec les données météorologiques relevées le jour du vote.

À Paris, ce matin, dans le XVe arrondissement, rue de Vaugirard, Christelle, manager dans un hôtel, sort de la boulangerie Urban Bakery. Le dimanche, dit‑elle, est la journée qu’elle s’accorde pour souffler. «Honnêtement, l’enjeu n’est pas assez important pour moi. Il faut se déplacer, sortir de chez soi… Je ne me sens pas assez concernée.» Elle reconnaît avoir fait l’impasse sur le premier tour. Dimanche dernier, l’abstention a atteint 42,8 %, un niveau historiquement élevé hors crise sanitaire

Fatigue, horaires, désintérêt : ces freins au vote

Pour le politologue Jérôme Jaffré, les «effets de campagne» renvoient d’abord à des facteurs très concrets du quotidien – fatigue, manque de temps, désintérêt – pesant sur la décision d’aller voter. Dans un article publié en 2023 dans la revue Pouvoirs, il recense aussi la cristallisation des choix, le renforcement des clivages et l’absence d’effet notable de la campagne.

«S’il y a une grosse polémique sur un candidat, honnêtement, ça peut suffire à me couper l’envie d’aller voter», confie un père de famille. «Je ne voterai donc pas pour Rachida Dati», glisse-t-il.

À la sortie du métro Vaugirard, Sam Bennadji, 21 ans, étudiant en droit, reconnaît que la motivation ne tient parfois qu’à un fil : «Je vais voter, mais si je suis en lendemain de soirée, ça peut me démotiver. Si je me réveille à 14 heures, je ne suis pas sûr d’avoir la motivation». Un peu plus loin, Julien Bonnefot, 28 ans, casque audio sur les oreilles, fait face à une autre difficulté : celle de l’organisation. «Je dois faire ma procuration», souffle-t-il.

«Si on ne va pas voter à cause de la météo, c’est qu’on n’avait pas vraiment envie d’y aller»

 Au 286 rue de Vaugirard, Samia, 24 ans, employée polyvalente chez Burger King, évoque une autre réalité, celle de la fatigue. «Je sais que ce n’est pas bien, mais je n’ai pas l’énergie. C’est peut-être une excuse, mais je ne vois pas quand je pourrais aller voter», confie la jeune femme qui travaille tous les dimanches. «Ce dimanche je suis de fermeture, et le matin, même en début d’après-midi, je préfère me reposer. Le vote passe après.»

Certains électeurs, eux, restent inflexibles. Véronique Lardy, retraité de 65 ans, habitante du XVe arrondissement, tranche : «Si on ne va pas voter à cause de la météo, c’est qu’on n’avait pas vraiment envie d’y aller. Quand on tient vraiment à une élection, on y va, qu’il pleuve ou qu’il vente.»

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