La réquisition des logements vacants, fausse bonne idée ?

ENTRETIEN. Alors qu’Emmanuel Grégoire consacre une partie majeure de son programme au logement. Il envisage notamment “la taxation et la réquisition des logements restés vacants depuis plus de cinq ans”. Selon Francis Poiret, agent immobilier, cette mesure pénalise les propriétaires.

Invitée de la Grande Interview d’Europe 1, le 11 mars. Sarah Knafo, réagissait aux mesures de réquisition de logements proposées par Emmanuel Grégoire. A ce sujet la candidate à la mairie de Paris affirme qu’“en matière de logement, Emmanuel Grégoire pourrait donner des leçons de communisme aux communistes”. En porte-parole improvisé des propriétaires de la capitale, Francis Poiret, agent immobilier de l’agence immobilière Poiret Immobilier, nous livre sa version des faits. Cela fait trente ans que cet agent immobilier est ancré sur le marché immobilier. Engagé aux côtés des propriétaires, une telle mesure est selon lui “une forme de dictature”.

Les propriétaires fonciers ce sont eux qui fournissent les logements.

Pour cet agent en colère, une telle mesure équivaudrait à une réquisition par l’Etat, semblable à celle qui a fait ses preuves entre 1948 et 1970. Mise en place par l’ordonnance du 11 octobre 1945, elle avait permis, dans la France d’après-guerre, de réquisitionner provisoirement des logements vides depuis au moins six mois à destination des sans-logis et des mal-logés, dans l’attente de construire des logements sociaux. Francis Poiret explique que les mesures de cette réquisition sont toujours d’actualité puisqu’“il y a encore des gens qui paient cinq-cents euros les cent mètres carrés.

Selon lui, il faudrait “arrêter de taper sur les propriétaires fonciers parce que, ce que tous les politiques oublient, c’est que ce sont les propriétaires fonciers qui fournissent les logements« . La ville de Paris compte environ 2500 agences immobilières. Les logements qui en dépendent appartiennent aux “ méchants propriétaires privés qui gagnent beaucoup d’argent qui ont leur seul logement dans lequel ils ont investi, qui complète leur retraite, complète un revenu et permet de nourrir les enfants”. Pourtant, selon le candidat Emmanuel Grégoire, le marché est bien accaparé par “les spéculateurs immobiliers et les maxi-propriétaires : 60% des logements privés sont détenus par des personnes qui possèdent au moins cinq biens immobiliers ».

La liberté du propriétaire privé

Pour cet agent immobilier de la rue de Vaugirard, tout se joue autour de l’article 17 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. “Parce que le propriétaire foncier il fait ce qu’il veut, il a payé son appartement avec son argent et pour cela il n’a pas été subventionné.”, rappelle l’agent. Par conséquent, le propriétaire peut gérer la destination de ce bien comme il l’entend au motif du “ droit inviolable et sacré” de propriété consacré par l’article 17, et dont nul ne doit être privé.

Si Monsieur Grégoire arrivait à la tête de la ville de Paris, et qu’une telle mesure entrait en vigueur, cela viendrait renforcer selon Francis Poiret “la culpabilisation du propriétaire”. Il ne faudrait alors pas s’étonner que le SNPI et la FNAIM, les syndicats de l’immobilier dénoncent une “réglementation qui pénalise et qui est accusatrice”.

L’importance de ne pas pénaliser le marché de l’immobilier
Pour l’agent, toutes les règlementations tendant vers la réquisition vont “bousiller le marché de l’immobilier. Les politiques de gauche s’en moquent mais c’est idiot”. Parce qu’il ne faut pas oublier que quand l’immobilier fonctionne c’est tout un marché qui travaille.

La profession immobilière à Paris se charge de réguler le marché.”, détaille-t-il. Son rôle en tant qu’agent immobilier : convaincre les propriétaires de remettre leurs biens en location. “Je leur dit : ‘Allez boudez-pas”, plaisante-t-il. Derrière cet humour, il tente de convaincre ses clients à mettre leur bien en location. Lorsqu’un propriétaire espère obtenir 1500 euros d’un appartement alors qu’il n’en vaut que 1000, l’agent doit par exemple veiller à ce que le prix raisonnable, quitte à ne pas le mettre en location. “On se mettra dans un cadre législatif, on protège le locataire, on est conforme partout, cela se fait naturellement.”, précise-t-il. Finalement, il estime qu’il faut un cadre législatif, sans pour autant tomber dans un régime autoritaire.

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