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« La mairie doit soutenir les commerces de qualité » : les commerçants dans l’incertitude à l’approche du scrutin municipal  

Piliers de l’attractivité et du dynamisme de la capitale, les commerçants scrutent avec intérêt les municipales. À la croisée des enjeux de sécurité, d’accessibilité et de vitalité, les revendications des commerces rejoignent les préoccupations des Parisiens.  

Si le commerce est une profession bien particulière, cette dernière n’est pas hermétique aux grands enjeux qui agitent la capitale à l’approche des municipales, notamment en ce qui concerne la sécurité. C’est même plutôt tout l’inverse.Dans le XIXe arrondissement, Hamaz Ali, restaurateur depuis les années 90, est ainsi soulagé d’avoir quitté la rue de Crimée il y a trois ans pour s’installer rue Laumière, artère commerçante à deux pas des Buttes-Chaumont. Désormais installé à proximité du parc construit par Napoléon III, Hamaz Ali a retrouvé un « cadre sympathique » et une ambiance propice à la restauration. « On ne peut pas travailler sereinement s’il y a trop d’insécurité », livre le gérant. 

« Le soir, tous les commerces sont vides maintenant » 

Aujourd’hui, pour rien au monde Hamaz Ali ne reviendrait dans la rue de son précédent établissement, un quartier pourtant « vivant, avec une bonne ambiance ». Mais « quand on laisse un lieu s’islamiser de la sorte, il est perdu […] le soir, tous les commerces sont vides maintenant dans certains coins du 19e » ajoute-t-il. 

L’Institut du monde économique Paris (IME Paris), observatoire indépendant du MEDEF, a ainsi tiré la sonnette d’alarme récemment. Marie-Sophie Ngo Ky, directrice générale de l’organisation patronale, soulignait en février dernier le risque que font peser des « politiques publiques inadaptées » sur les commerces de la capitale. Selon l’institut, un « effritement commercial » pourrait intervenir à Paris si rien n’est fait pour soutenir le tissu économique local. 

Livraisons : les commerces dans l’impasse  

Avec 28 commerces pour 1000 habitants (selon l’Atelier parisien d’urbanisme), Paris connaît pourtant la densité commerciale la plus forte de France. Un chiffre positif, qui masque cependant des problématiques structurelles de fond. Derrière le comptoir, la mine des commerçants est grise, « on ne peut pas se projeter si on n’est pas assuré du cadre dans lequel on évolue », témoigne un autre boutiquier. Sécurité, propreté mais aussi plan de circulation viable : une ville ordonnée est primordiale pour des activités pérennes.  

Clémentine Thenault tient un commerce de bouche spécialisé dans le vin. Elle aussi installée Rue Laumière depuis 2024, elle reconnaît notamment que les problèmes de circulation compliquent l’activité commerciale. « Chaque semaine, je reçois des livraisons pour garnir mes rayons. Mes fournisseurs me le disent : ils n’en peuvent plus ». Sens interdits qui se multiplient, rues barrées, travaux intempestifs : « il suffit qu’un livreur rate une rue pour se rajouter 30 minutes de trajet. » ajoute-t-elle. « Plus de places de livraisons, ce serait pas mal », pointe quant à lui Armand Bahm, gérant d’une boutique de CBD dans le même secteur. 

11% des commerces parisiens vacants  

Néanmoins, Clémentine Thenault se dit satisfaite de son installation. « Les Parisiens sont à la recherche de commerces de bouche de proximité ». Une demande forte qui assure donc, pour l’instant, à Paris, un dynamisme commercial relatif. Mais derrière la vitrine, on souhaite tout de même être davantage accompagné. « La mairie doit soutenir les commerces de qualité », souligne en ce sens Hamaz Ali. « Il y a beaucoup de commerces vacants car certains commerçants s’implantent avec un projet inadapté », complète Clémentine Thenault. 11% des commerces parisiens étaient vacants en 2025. L’IME Paris pointe une « hausse constante » de ce phénomène et enjoint les candidats à lancer un « plan urgent commerces ».  

Derrière ces nombreuses problématiques, une seule certitude : pour sauver les commerces en 2026, le lèche-vitrine ne suffira plus. 

Gabriel Moser  

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