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La beauté de Paris : un point cardinal de son programme

Ce mercredi, Sarah Knafo était l’invitée de l’ESJ Paris, dans le cadre de la série de rencontres consacrées à la « bataille de Paris ». Au-delà de la gestion locale, les thématiques évoquées ont porté sur l’identité culturelle de la ville, son modèle de gouvernance et l’affrontement idéologique entre les différentes forces politiques. 

Souriante, confiante et visiblement heureuse d’échanger avec les étudiants, Sarah Knafo s’est prêtée au jeu des questions, comme l’ont fait précédemment Emmanuel Grégoire, Marielle Saulnier et Pierre-Yves Bournazel. Une parole tranchante, fidèle à sa ligne politique, portée par le ton naturel et spontané qu’on lui reconnaît.  

« La bataille pour la mairie de Paris est-elle une bataille pour l’identité culturelle et politique de la capitale ? » 

Pour Sarah Knafo, la question de l’esthétique et de l’identité de la capitale occupe une place centrale dans sa vision : « Toute une partie de mon programme s’appelle : Paris une ville admirée », explique-t-elle.  

La candidate de « Une ville heureuse» défend l’idée d’un retour à ce qui, selon elle, fait le caractère historique et symbolique de la capitale. « Ce que je veux demain c’est rétablir le mobilier historique et iconique de Paris »,affirme-t-elle, tout en insistant sur le rôle de l’architecture et de l’environnement urbain dans la perception d’un territoire : « Quand on va dans un village basque on sait que l’on est au pays basque. Quand on va dans un village normand on sait que l’on est dans un village normand »À ses yeux, l’évolution récente du paysage urbain parisien s’explique par une orientation architecturale précise. Pour Sarah Kanfo, « l’enlaidissement de Paris n’est pas un accident car il repose sur ce qu‘on appelle en architecture, la philosophie du fonctionnalisme ». 

Celle qui a grandi en Seine-Sainte-Denis pointe du doigt les immeubles des années 1970 et les HLM. Pour elle, l’environnement esthétique influence profondément la vie quotidienne. « La beauté est un sujet qui pèse énormément sur notre moral même quand on ne s’en rend pas compte. Quand on grandit au milieu des tours et quand on grandit en voyant les Invalides de sa fenêtre, on n’a pas la même vie ». Elle conclut : « Donc, oui j’en fait un point cardinal de mon programme, la beauté de Paris ». Une manière pour la candidate d’affirmer sa détermination à faire de la capitale une ville à la fois unique et immédiatement reconnaissable, fidèle à son héritage architectural. 

« Beaucoup reprochent à Paris d’être gouvernée par une élite politique et administrative éloignée des réalités nationales. Comment réconcilier la capitale avec le reste de la France ? » 

Autre thème central de la campagne à venir : le rapport entre Paris et la province. La capitale est souvent accusée d’être administrée par une élite politique et bureaucratique, coupée des préoccupations concrètes. 

L’ancienne magistrate à la Cour des comptes cite plusieurs exemples pour illustrer ce qu’elle considère comme des incohérences dans la gestion municipale. Entre-autres, l’exemple du collège Beaumarchais qui manquait d’eau l’année dernière, « parce que le réseau de la ville n’était pas assez entretenu », alors que « la ville dépense plus de 116 000 euros pour donner de l’eau potable au Cambodge »Une situation qui laisse perplexe. De même que le financement d’une association chargée de lutter contre les nuisances sonores, quand de nombreux Français réclament régulièrement davantage de moyens pour la police municipale. Elle ajoute : « Ce qui est incroyable c’est que le président de cette association est également membre de la majorité socialiste » 

Pour y remédier, Sarah Knafo propose une manière de diriger la capitale inspirée du modèle suisse. Elle cite ce pays comme référence, estimant qu’il est « à la fois le pays le plus démocratique du monde et en plus le pays le mieux géré du monde ». Tout en revendiquant son attachement à la France — « Je suis très patriote, je mets la France au-dessus de tout » — elle estime néanmoins que certains exemples étrangers peuvent être sources d’inspiration. Concrètement, sa proposition repose sur un recours plus fréquent au référendum, défendant l’idée d’une gouvernance municipale, davantage fondée sur la participation citoyenne. 

« Vous attaquez frontalement M. Mélenchon et Mme. Chikirou depuis quelques jours. Est-ce que cela signifie que votre principal adversaire est la gauche LFI et non la gauche du PS et de Place publique ? » 

À Paris, la bataille municipale se double d’un affrontement politique entre les différentes forces de gauche et leurs oppositions. Interrogée sur ses critiques récentes visant Jean-Luc Mélenchon et Sophie Chikirou, Sarah Knafo tient d’abord à relativiser l’idée d’un duel personnel : « Pour moi mes vrais adversaires ce ne sont pas les autres politiciens pour commencer, mes vrais adversaires ce sont les problèmes des Parisiens »

Elle reconnaît toutefois une tension récente avec La France insoumise, évoquant « une radicalisation chez LFI » et rappelant que M. Mélenchon l’a « attaquée lors de son meeting » en disant qu’elle était « dangereuse ».  Avec gravité et ironie, la candidate reconnaît être « dangereuse pour ses idées » qu’elle compte combattre, assumant ainsi un affrontement politique direct avec le leader insoumis. La candidate conclut par une formule particulièrement offensive : « Monsieur Mélenchon c’est pire que le communisme, c’est la Terreur »Une déclaration qui donne un aperçu du ton que pourrait prendre la bataille politique parisienne dans les derniers jours de campagne. 

À quelques jours du scrutin, alors que le débat de BFM TV avait été annulé, la rencontre avec les étudiants de l’ESJ Paris aura ainsi permis à Sarah Knafo de rencontrer un auditoire inhabituel, jeune et motivé, pour préciser les lignes de force de son projet.  

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