Logement, sécurité, mobilités : la feuille de route d’Emmanuel Grégoire
Emmanuel Grégoire a accordé une interview exclusive à notre rédaction. Logement, sécurité, mobilités, héritage d’Anne Hidalgo : il déroule ses priorités et promet une méthode « d’hyper proximité » avec un cap clair : « faire mieux demain » sur les sujets qui crispent les Parisiens.

Crédit : Théophane Bridier
M. Grégoire, si vous êtes élu maire de Paris demain, comment allez-vous faciliter l’accès au logement, plus particulièrement pour les jeunes ?
« L’accès au logement c’est un problème essentiel, c’est peut-être le problème essentiel de Paris, tout simplement parce qu’il y a des gens qui voudraient rester et vivre et qui, sous l’effet de la spéculation immobilière, sont chassés à l’extérieur. Si on part parce qu’on le choisit, c’est très bien, si on part parce qu’on le subit, c’est autre chose. Il y a 1,4 million de logements à Paris, il y en a 300 000 qui ne sont pas consacrés au logement, ce sont des meublés touristiques, des résidences secondaires et puis des logements qui sont vides parce que c’est un produit de placement d’épargne et donc ça évidemment c’est inacceptable.
On doit traiter tous les publics, mais notamment les jeunes. Pourquoi ? Parce que Paris c’est la plus grande ville universitaire d’Europe, et l’une des plus grandes du monde lorsque l’on pense au Grand Paris. Le problème c’est qu’aujourd’hui c’est de plus en plus difficile et donc pour avoir des logements pour les étudiants, il faut avoir d’abord des logements et nous sommes prêts à lutter par tous les moyens.
D’abord continuer à construire, le logement étudiant c’est du logement social, donc il y a plein d’endroits dans lesquels on va pouvoir continuer à en développer, l’objectif c’est 1000 logements étudiants par an. Deuxièmement, nous allons lutter contre la fraude de façon à provoquer un choc d’offre, lutter contre la vacance des logements, lutter contre les meublés touristiques frauduleux ; et puis enfin avoir des mécanismes de protection sur les effets de marché : l’encadrement des loyers, la question du contrôle des destinations, on va créer une brigade de protection du logement. Bref, c’est une priorité absolue, et encore plus pour les jeunes étudiants. »
En parlant de priorité, est-ce que la sécurité va en devenir une pour vous ? Aujourd’hui le budget qui est dédié à la sécurité représente moins de 10% du budget global de la mairie, avez-vous prévu de l’augmenter ?
« Avant tout, la sécurité ce n’est pas une compétence des villes, c’est d’abord la compétence de la police nationale. Pour autant, je ne suis pas sourd aux demandes de mes concitoyens qui demandent plus de sécurité et notamment de la sécurité de proximité, c’est-à-dire d’avoir des agents de sécurité, en l’occurrence pour nous des policiers municipaux, qui soient dans les quartiers, qui soient à la disposition des commerçants. Puisque l’État n’arrive plus à le faire, on va devoir évidemment investir plus en matière de police municipale. J’ai annoncé la création de 1000 postes de policiers municipaux supplémentaires, ce qui est déjà beaucoup au regard des filières de formation, mais je dois dire que c’est un besoin qui est ressenti dans toutes les collectivités de France. Donc il ne faut pas confondre les choses. D’abord, la police municipale n’est pas là pour lutter contre le banditisme, ce n’est pas sa compétence et sur le plan légal ce serait les exposer et les mettre en danger. Il faut qu’ils fassent leur travail. Leur travail c’est la tranquillité publique, c’est la lutte contre les incivilités, c’est faire en sorte que les vélos respectent les règles, c’est lutter contre les nuisances de proximité, la lutte contre le bruit, etc. Et deuxième sujet sur lequel je serais très vigilant, c’est que quand nous, les collectivités, les mairies, on va mettre plus de moyens sur la sécurité de proximité, nous devons être attentifs à ce que cela ne se traduise pas par un désengagement de l’État. L’État a massivement baissé le nombre de policiers nationaux, ça se voit sur le terrain, quand il y a moins de policiers, il y a plus de désordre. Donc on va compenser, mais je vais être vigilant à ce que ce ne soit pas en substitution de l’État, sinon il n’y aura pas d’amélioration pour nos concitoyens. »
Est-ce que la voiture c’est terminé ? Qu’est-ce qui va changer concrètement sur le sujet des mobilités avec vous ?
« Non, la voiture ça n’est pas terminé, et notre programme ce n’est pas une lutte contre la voiture, c’est simplement promouvoir des modes de déplacement qui soient plus vertueux au sens de l’intérêt général, moins polluer, consacrer plus d’espaces publics à d’autres choses qu’à la voiture, qui prend beaucoup plus de place en proportion, que le service qu’elle rend à la population. L’idée, c’est plutôt de favoriser un système dans lequel tous ceux qui peuvent se passer de la voiture puissent s’en passer et tous ceux qui ne peuvent pas s’en passer, je pense évidemment aux activités économiques, aux personnes à mobilité réduite, qu’ils puissent continuer à le faire dans de bonnes conditions. Cela suppose d’abord de réhabiliter, de protéger les piétons, la marche est la première des mobilités. Le piéton est la priorité. Ensuite, les transports publics, j’ai annoncé des mesures, le métro 24/24 notamment, et puis la mise en sécurité du réseau de bus, parce que les bus sont adaptés aux personnes à mobilité réduite. Et puis évidemment la révolution du vélo. Le vélo, c’est triplement vertueux. C’est vertueux pour l’environnement, c’est vertueux pour le pouvoir d’achat, et c’est vertueux aussi dans la lutte contre les nuisances sonores.
Et donc tout ça, on va le continuer, et évidemment faire attention à ce qu’on respecte mieux les règles, parce que c’est vrai que c’est un peu stressant dans l’espace public d’avoir des vélos qui ne respectent pas les règles, qui passent dans tous les sens. Mais cette transformation, cette révolution des mobilités, elle est au bénéfice de tout le monde et nous devons continuer à l’accompagner. Nous allons livrer dans les années qui viennent la plus grande infrastructure de transport quasiment du monde, avec le Grand Paris Express. C’est l’occasion d’aller plus loin. Mais je le redis, la voiture, elle doit trouver sa juste place, être consacrée à ceux qui en ont vraiment besoin, les activités économiques, la logistique et les personnes à mobilité réduite. »
Comment faites-vous pour vous démarquer du bilan d’Anne Hidalgo ? Est-ce que son héritage vous colle aux baskets ?
« Il y a des éléments qui sont des lignes de force de l’action de la gauche à Paris. C’est d’abord la fierté d’avoir travaillé avec Bertrand Delanoë (maire de Paris de 2001 à 2014), qui m’a beaucoup inspiré, le plaisir que j’ai eu à travailler avec Anne Hidalgo. Mais on est tous différents. Bertrand avait ses priorités, Anne avait les siennes, moi j’ai les miennes. Et si je dois me distinguer, c’est sur le sujet de la méthode et de l’hyper proximité. Je suis un maire extrêmement attentif au quotidien. Je sais qu’il y a une adhésion sur quelques grands enjeux de transformation que nous portons, mais il y a un doute, parfois une insatisfaction, sur la façon de le mettre en oeuvre, sur le quotidien. On ne peut pas abandonner le quotidien pour uniquement travailler sur les grands objectifs. C’est la question de la propreté, c’est la question de l’entretien de l’espace public… On a une ville qui est mise sous tension par le tourisme, par son activité économique. On doit faire beaucoup mieux sur la question de l’entretien de l’espace public. Et ma méthode, c’est que dans le moment de crise démocratique que l’on traverse, il y a, je le crois, une demande d’apaisement, une demande de dialogue. Écouter les citoyens, écouter les corps intermédiaires, écouter son opposition aussi. Essayer de faire de la pédagogie, de l’action, faire des études d’impact avant de prendre des grandes décisions. Bref, discuter avant de décider tout seul. Et cela, c’est ma marque à moi, l’hyper proximité et une autre façon de prendre des décisions. »
On vous reproche beaucoup, lorsque vous étiez le premier adjoint d’Anne Hidalgo, d’avoir travaillé à l’urbanisme et d’aujourd’hui vous plaindre des déficiences qu’il peut encore y avoir à ce sujet à Paris ?
« Est-ce qu’on a fait des choses bien ? Oui. Est-ce qu’on a tout fait parfaitement ? Non. Mon travail à moi, c’est de faire mieux demain. Et donc il y a des sujets sur lesquels il y a des attentes : en matière de sécurité,en matière de propreté, en matière de santé, en matière de logement, évidemment. On a déjà faitbeaucoup de choses, mais on fera plus et on fera mieux. »
