Enfants en danger ? Un changement drastique s’impose dans le périscolaire
À Paris, les récentes affaires de violences dans le périscolaire ont brisé la confiance des familles. À l’heure des municipales 2026, les parents ne veulent plus de promesses, mais des garanties concrètes pour protéger les enfants.
« Je n’ai plus confiance dans le périscolaire parisien ». 150 plaintes. 40 animateurs suspendus. Le périscolaire est devenu la bête noire des parents parisiens suite aux récentes révélations de violences physiques et sexuelles faites à des enfants. Récemment, une vague d’affaires a fait l’effet d’une bombe au sein de la capitale, déferlant la haine et l’inquiétude. Peut-on réellement faire confiance aux personnes à qui nous confions nos enfants ?
Fin janvier, le scandale explose. Neuf animateurs de l’école maternelle Saint-Dominique (7e) ont été suspendus. La cause ? Des caméras installées par la mairie ont révélé des violences et des comportements brutaux sur des enfants en classe de maternelle. Soixante-treize parents ont alors déposé une plainte collective, ralliant à leurs côtés ceux des écoles voisines : Rapp et La Rochefoucauld. Les motifs parlent d’eux-mêmes : « violence volontaire sur mineurs », « mise en danger » et « délaissement de personnes vulnérables ».
Dans le 11e arrondissement, un animateur de l’école Parmentier a lui aussi été visé par une plainte pour « une pénétration sexuelle » sur un élève de 4 ans. Cette année, ce sont vingt animateurs qui ont été suspendus pour des soupçons de violences sexuelles et quinze enquêtes judiciaires qui ont été ouvertes par le parquet des mineurs pour agressions sur des enfants de moins de 5 ans.
Depuis 2025, ce sont donc 150 plaintes qui ont été recensées. Coups, humiliations, attouchements, les parents décrivent des enfants terrorisés et traumatisés. En face, les directions jouent sur les doutes, mentionnant « fantasmes » et « mensonges », et des procédures sans fin.
Mais alors qui recrute ? C’est la DASCO (Direction des Affaires Scolaires de la Ville) appuyée par la direction périscolaire pour une présélection. Théoriquement, chaque animateur doit passer par un contrôle minutieux du casier judiciaire et du FIJAIS (Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d’Infractions Sexuelles ou Violentes). Mais face aux pénuries de personnels, 26 % des activités sont déléguées à des associations dont les contrôles sont « opaques ». Des « failles systémiques », comme alerte SOS périscolaire, sont présentes et mettent en péril la sécurité et la santé de la relève parisienne.
À quelques jours du premier tour des municipales 2026, ces affaires sèment le doute et forcent les candidats à promettre une refonte du système.

Les favoris sur les sondages s’emparent du sujet
« Dès mon élection, plus un seul enfant seul avec un adulte ». Rachida Dati (LR) veut cogner fort, proposant des contrôles renforcés immédiats sur tout le personnel. Comme réponse face à cette situation alarmante, elle accuse : « Le périscolaire a failli sous Hidalgo-Grégoire ». Emmanuel Grégoire (PS, majorité sortante), de son côté, promet plus de contrôles et de formations en se basant sur le modèle associatif actuel, sans le démonter, donnant la priorité aux prestataires existants. La droite veut tout changer. La gauche veut sécuriser. Les parents choisiront.
Ce que pensent les parents : entre peur et doute, ils s’expriment
Accostée à la sortie d’une crèche dans le 15e arrondissement, Natalie, le visage fermé, se confie : « J’ai deux petits garçons, le plus grand rentre à la maternelle à la rentrée 2026. Je n’ai plus confiance dans le périscolaire parisien. Une fois à l’école, je refuse de leur confier mon fils. Avec tout ce que j’ai entendu dernièrement, je préfère le protéger. »
Alertée, une seconde maman se joint à la discussion, évoquant également son « manque de confiance ». Constance ne se voit pas ne plus confier ses enfants aux animateurs : « Étant donné mon rythme de travail intense, je n’ai d’autres choix que de me reposer sur eux. Mais je compte bien avoir une surveillance implacable au regard de la situation. Je ne laisserai rien passer. »
Quelques mètres plus loin, une école maternelle. Semaine de vacances scolaires, la garde des enfants est effectuée par le périscolaire. Il est 18 h, les parents attendent patiemment la sortie. Une bonne ambiance règne, un vent de sérénité et de confiance se propage. Les mains se serrent, les rires s’envolent, et les paroles s’échangent.
Père de famille, Raphaël, deux enfants, évoque son ressenti face aux polémiques : « Ça m’a interpellé, mais je ne suis pas inquiet. Depuis le début de la scolarité de mes enfants, je n’ai jamais été alerté d’un dépassement. Et dans cette maternelle, je n’ai jamais eu écho d’un quelconque signalement. Je n’attends rien de spécial des candidats sur ce sujet-là, ni même du maire d’ailleurs. »
Hélène et Marine, mères de famille célibataires, situées un peu plus loin de l’entrée, se sentent un peu plus touchées par la situation : « C’est vrai qu’en tant que mères, nous ne pouvons pas rester indifférentes aux révélations. Mais nous nous sentons en parfaite harmonie avec la maternelle où nous avons confié nos enfants. »
Questionnée sur la mesure de Rachida Dati et sur ses demandes à l’encontre du prochain maire de Paris, Marine poursuit : « Je ne me suis pas réellement penchée sur les différents programmes, mais je trouve ça un peu inutile sachant que la plupart des animateurs sont en charge de groupes allant de huit à dix enfants. Mais j’attends du prochain maire de Paris qu’il y ait un réel changement, de vraies solutions à apporter à ce problème ahurissant, et non pas juste de belles promesses. En tant que maman, je voudrais avoir confiance à 100 % quand il s’agit de mes enfants. »

Dans les coulisses du périscolaire, le « manque de moyen »
Virginie, avec près de trente ans d’ancienneté à son actif, est la directrice périscolaire de l’école maternelle. D’abord réticente à l’idée de parler, elle finit par s’ouvrir : « C’est la profession poubelle, emplois du temps haché, salaire bas, aucune reconnaissance. On pose un cadre éducatif essentiel en maternelle, on ouvre l’esprit des enfants. Il est primordial de faire attention à nos gestes, nos attitudes, notre langage. Tout compte. Les enfants sont des éponges. »
Sur les récentes polémiques, le visage crispé, elle répond : « Ils ont montré ce qu’il n’allait pas, mais pas les gens qui se battent au quotidien. Et je trouve ça dommage, car maintenant le débat public ne retient que le négatif. Par exemple, nous faisons nous-mêmes nos recrutements et nous passons systématiquement par la CASP (Circonscription des Affaires Scolaires de Paris) pour la validation. Aucune personne ne peut être employée sans une vérification de son casier judiciaire et du FIJAIS. Et les nouveaux vacataires ont deux jours de formation obligatoire. »
Le sujet des municipales arrive rapidement sur la table. Pas très intéressée par la politique en ce qui concerne sa vie personnelle, sur le plan professionnel, la directrice a un avis bien tranché : « Ils en parlent pour le buzz médiatique, mais sans avoir aucune réelle solution à apporter ! », s’agace-t-elle, « l’éducation c’est la base, nous formons le futur. Tous les politiques promettent, mais rien ne change vraiment. On manque de moyens. Et si je pouvais m’adresser au futur maire de Paris je lui demanderais plus de reconnaissance, moins de paperasse, une hausse des salaires. On bosse pour 2 200 €, on rentre chez nous et on bosse encore. Le plus important reste pour moi le manque de moyens, il faut changer ça, pour les futurs citoyens. »
Un changement « drastique » est attendu. Pas seulement dans les discours mais dans les effectifs, les formations, les contrôles et la transparence. Le périscolaire doit redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un lieu sûr.
