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Emmanuel Grégoire, un favori aux commandes d’un navire fracturé 

Les derniers sondages donnent Emmanuel Grégoire en tête des intentions de vote. Pourtant, même s’il se présente comme l’homme de synthèse de la gauche, il ne parvient pas à réunir toutes les tendances derrière lui. Mais le candidat socialiste cherche parfois à tirer des avantages de ces divisions.  

Du vert sur la bannière. Emmanuel Grégoire a réussi là où sa prédécesseuse, Anne Hidalgo, avait échoué lors du premier tour des élections municipales de 2020 : parvenir à rallier les Verts à sa candidature. Selon un sondage Ipsos du 3 mars, la tête de liste de la coalition ainsi formée par le Parti socialiste, les Ecologistes et le Parti communiste caracole en tête des projections du premier tour, avec 35 % d’intentions de vote. 

Mais ces chiffres flatteurs n’occultent pas une certaine amertume. L’ancien conseiller d’Anne Hidalgo est l’héritier d’une majorité divisée. La maire sortante a mis du temps, beaucoup de temps, à lui accorder son soutien, au détriment de Rémi Féraud, sénateur et ancien maire du 10e arrondissement. Pourtant, le prétendant assume ce divorce. Dans Le Parisien, il a déclaré qu’il n’est « ni son candidat, ni son héritier. Anne Hidalgo ne me soutenait pas, elle a tout fait pour torpiller ma candidature. ». Pour le politologue Antoine Bristielle, spécialisé dans l’analyse des comportements électoraux et des stratégies politiques, Emmanuel Grégoire peut tirer profit de sa situation ambigüe. « Il a essayé de jouer sur les deux tableaux : assumer l’héritage du Parti socialiste à la mairie de Paris, tout en se démarquant et en se différenciant d’Anne Hidalgo. »  

Mais quel autre votant peut-il encore toucher ? Arnaud Benedetti, politologue et essayiste, considère que les nouveaux votants susceptibles de rejoindre les rangs d’Emmanuel Grégoire peuvent être d’horizons très larges : « Il a deux zones potentielles pour le vote utile : sur sa gauche avec Madame Chikirou, et sur sa droite avec M. Bournazel. S’il voulait essayer, il aurait un arc qui va plutôt des Verts jusqu’à une partie du bloc central. » Toujours dans le même sondage de l’Ipsos daté du 3 mars, la candidate Insoumise obtient 10 %, un réservoir de voix conséquent au second tour. Mais le candidat socialiste n’a pas tendu la main au parti de Jean-Luc Mélenchon.  

Pourquoi LFI et Emmanuel Grégoire refusent-ils d’unir leurs forces ?  

Les deux politologues s’accordent à dire que le PS cherche à s’éloigner au maximum de LFI pour ne pas perdre son électorat. Arnaud Benedetti précise que le contexte et l’objectif national de ces élections pour LFI sont deux facteurs qui creusent la fracture entre les deux partis de gauche : « Le premier point, c’est que LFI a décidé de se compter lors de ces élections municipales afin d’imposer un rapport de force au PS en vue des présidentielles 2027. Le deuxième élément concerne les scandales apparus ces trois dernières semaines, avec ce qui s’est passé à Lyon, notamment le lynchage à mort par la jeune garde d’un jeune militant de droite nationale et les propos dits antisémites de Mélenchon. »  

Les partis de gauche n’avancent pas sur le même terrain. Emmanuel Grégoire présente un programme principalement centré sur les problématiques locales, tandis que LFI cherche avant tout à engager un rapport de force avec le PS pour affaiblir le dernier, avec pour horizon l’échéance  présidentielle en 2027. Tout est bon pour se démarquer. Pour Antoine Bristielle, c’est avant tout le facteur contextuel qui agrandit la fracture entre les deux parties : « La stratégie du PS, c’est de dire : LFI est un parti toxique à l’heure actuelle, et qu’il vaut mieux ne pas s’en approcher, parce que cela risquerait de détourner une grande partie des électeurs vers d’autres candidats ou de les pousser à s’abstenir. »  

Les sondages stagnent. Les pourcentages oscillent quelque peu, mais uniquement à droite. Reste à voir si cette fracture ne jouera pas en la défaveur d’Emmanuel Grégoire.  

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