| |

Au Cirque d’Hiver, Emmanuel Grégoire mobilise la gauche parisienne face au spectre d’une alliance Dati–Knafo

REPORTAGE – Près de 2000 militants et sympathisants de la gauche parisienne se sont réunis jeudi soir au Cirque d’Hiver, dans le 11ᵉ arrondissement. Donné en tête dans plusieurs sondages, Emmanuel Grégoire a pourtant consacré l’essentiel de son meeting à mettre en garde contre une possible alliance entre Rachida Dati et Sarah Knafo, appelant les électeurs à « faire barrage » à la droite et à l’extrême droite plutôt qu’à détailler son programme.

Il est un peu plus de 19 heures lorsque les premiers cortèges apparaissent dans la rue Amelot. Ils viennent des quatre coins de la capitale. Du 20ᵉ, du 18ᵉ, du 13ᵉ, parfois même de la rive gauche. Tous convergent vers un même point : le Cirque d’Hiver, dans le 11ᵉ arrondissement, où Emmanuel Grégoire tient son grand meeting à trois jours du premier tour des municipales, prévu dimanche 15 mars. La scène a quelque chose de festif, presque carnavalesque. Devant l’entrée, les drapeaux écologistes se mêlent aux couleurs des formations de gauche rassemblées derrière la candidature du socialiste. Un stand improvise une petite restauration : hot-dogs, bières, cookies. Des militants distribuent tracts et programmes tandis que deux animateurs chauffent la foule au micro. « Il ne faut pas que la ville tombe entre les mains de la droite et de l’extrême droite », répètent-ils, appelant surtout à multiplier les procurations en vue du scrutin.

Dans la rue, les jeux de lumière rappellent ceux aperçus lundi soir lors du meeting de Sarah Knafo. Mais ici, la tonalité se veut différente : moins démonstrative, plus militante. Les organisateurs suivent en direct la progression des cortèges, comme un défilé politique traversant la capitale. Environ 800 personnes finiront par converger vers la salle, pour atteindre un total de 2000 militants sur place. Les slogans ne visent pas seulement un adversaire : ils en désignent deux. Rachida Dati, candidate du parti LR, et Sarah Knafo, figure de Reconquête!, sont régulièrement huées par la foule. Dans les conversations, une inquiétude revient : celle d’une alliance potentielle au second tour.

La crainte de la droite et de l’extrême droite au cœur du meeting

À quelques mètres de l’entrée, Emmanuel Grégoire apparaît brièvement pour saluer les cortèges rassemblés. « Toute alliance avec une droite extrême qui fait de la préférence nationale une priorité est une ligne rouge absolue.» craint le candidat du PS pour qui la victoire de Rachida Dati, serait une catastrophe. À l’intérieur, la scène est dominée par les drapeaux de l’union de la gauche et des écologistes.

La soirée s’ouvre par plusieurs prises de parole militantes. Maria Goncalves, présidente d’une association du 20ᵉ arrondissement, donne le ton : « Je suis une femme noire, indépendante de gauche et fière de l’être. » Elle appelle à empêcher « la droite de Rachida Dati » de prendre la mairie et insiste sur la nécessité d’un front antiraciste. Puis viennent les représentants des différents arrondissements, introduits par l’ancien député écologiste Noël Mamère. Chacun porte un thème du programme : mobilité, sécurité, solidarité, parité, éducation. Mais chaque intervention glisse rapidement vers le même adversaire. La droite et l’extrême droite sont omniprésentes dans les discours.

Harouna Sow, chef cuisinier réfugié en France, et fondateur de Refugee Food, évoque une capitale qui doit « conjuguer humanité et responsabilité ». Dans les gradins, les huées reprennent dès que les noms de Dati ou Knafo sont prononcés. Pourtant, Emmanuel Grégoire aborde ce meeting dans une position relativement favorable. Plusieurs enquêtes d’opinion le placent en tête au premier tour : un sondage Ipsos-BVA le créditait récemment d’environ 35 % des intentions de vote, devant Rachida Dati autour de 27 %. 

« Nous sommes dans un point de bascule à Paris »

Mais ce statut de favori reste presque absent du discours de la soirée. Sur scène, après un clip de campagne et l’entrée des 17 têtes de liste, Emmanuel Grégoire adopte un ton grave. « Nous sommes dans un point de bascule à Paris. C’est un rendez-vous avec l’histoire », déclare-t-il. Le candidat accuse Rachida Dati de fuir la confrontation démocratique. « Si elle ne veut pas débattre, c’est parce qu’elle a peur des Parisiennes et des Parisiens », affirme-t-il, l’accusant également de préparer des alliances avec l’extrême droite. 

Les attaques deviennent plus personnelles lorsqu’il évoque les affaires judiciaires visant son adversaire : « Qui imagine un maire avec un procès pour corruption ? » Une référence à l’audience prévue en septembre dans une enquête pour corruption et trafic d’influence liée à son mandat européen. Dans le fond, le programme – logement social, encadrement des loyers, mutuelle municipale, plan « zéro enfant à la rue », soutien à l’école publique – reste présent, mais comme relégué derrière un message central : empêcher une bascule politique de la capitale. Emmanuel Grégoire convoque même un souvenir personnel pour conclure : « Je me souviens quand le visage de Jean-Marie Le Pen est apparu à la télévision en 2002. Ce jour-là, je me suis fait une promesse : que ça n’arrive plus jamais. » La foule applaudit longuement. Le candidat termine sur un appel simple : « Il reste trois jours. Alors ne lâchons rien. Le monde nous rappelle chaque jour à quel point la démocratie est fragile. Aidez-moi à gagner dimanche. »

À la sortie, la nuit est tombée sur la rue Amelot. Les militants replient les drapeaux. Dans trois jours, les Parisiens trancheront. Et si la gauche semble en position favorable, le meeting de ce soir aura surtout montré une chose : dans cette campagne municipale, la peur de la droite – et de son possible rapprochement avec l’extrême droite – pèse presque autant que les promesses de programme.

DE JORIS ROLLIER ET JEAN CLOUZET

À LIRE AUSSI