À Paris, le vote anti-Dati bouscule l’électorat LFI
Avant le deuxième tour, la progression d’Emmanuel Grégoire semble portée en partie par un vote utile à gauche. Sous l’effet d’une peur bien réelle quant à l’avenir de Paris, les électeurs de Sophia Chikirou envisagent de se reporter sur lui pour empêcher une victoire de Rachida Dati.
Dans l’entre-deux-tours parisien, jusqu’où les électeurs de la gauche sont-ils prêts à aller pour empêcher une victoire de Rachida Dati ?
Les données publiées par Elabe suggèrent qu’Emmanuel Grégoire profite, au moins partiellement, d’un vote utile à gauche. D’après cette enquête, 20 % des électeurs de Sophia Chikirou envisagent de voter pour lui au second tour. Une intention des supporters LFI de faire monter le candidat socialiste à 45,5 %, contre 38 % au premier tour. Sa progression semble donc pouvoir s’expliquer, au moins en partie, par le report d’une fraction de l’électorat LFI.
Ce changement de camp traduit-il une adhésion réelle au candidat socialiste, ou relève-t-il tout d’un réflexe de barrage, nourri par la peur de voir Paris tomber aux mains de la droite ?
Chez une partie des électeurs de gauche, le second tour ressemble à un vote de protection. « Le choix de voter pour Emmanuel Grégoire, je le fait à contrecœur », dans un mélange de déception et de réflexe défensif Mathilde, 26 ans, locataire d’une résidence étudiante au 5e arrondissement se confie : « Depuis dimanche j’ai peur que notre capitale de deux millions d’habitants qui pèse dans le débat national, va tomber à droite ».
Or, cette peur ne relève pas seulement d’un ressenti individuel. Dans un article repris par La Gazette France, l’AFP décrit précisément les électeurs de Sophia Chikirou comme placés devant un dilemme entre fidélité au vote LFI et nécessité de “faire barrage” à la droite.
Son inquiétude n’efface pas la colère politique : « J’ai voté LFI au premier tour, je suis en colère par le refus de l’union du PS et des Ecologistes ». Chez Appoline, le raisonnement est le même. La militante LFI du 10e assume un vote de responsabilité plus que de conviction : « Je vote PS car on ne peut pas risquer de perdre Paris pendant six ans… Cela voudrait dire manifester contre des adversaires politiques pendant six ans. ». Elle poursuit : « Malheureusement je pense que pour tous ceux qui votent la gauche, leur responsabilité doit être plus élevée que les partis politiques et de voter pour le candidat arrivé en tête au premier tour. »
La peur d’une ville qui expulse les siens
Dans les mots des électeurs fidèles de La France insoumise, il n’est pas question d’une défaite électorale, mais d’une forme d’éviction. La peur qui s’exprime est celle d’un Paris plus inaccessible, et progressivement vidé de celles et ceux qui le font vivre selon Apolline : « Si nous partons qui continuera à voter à gauche dans une ville qui se débarrasse des classes populaires et de la classe moyenne »
Ce sentiment de menace est d’autant plus fort que la candidate de droite apparaît désormais, dans plusieurs récits de campagne, adossée à un bloc durci par le soutien de l’extrême droite. Mathilde relie directement son vote à sa situation personnelle : « Je vis grâce à l’encadrement des loyers et c’est l’une des seules choses qui me permet encore de rester à Paris. Si la droite gagne, je redoute une hausse des loyers que je ne pourrai pas lutter. » Appoline formule la même angoisse à l’échelle collective : « Si nous partons qui continuera à voter à gauche dans une ville qui se débarrasse des classes populaires ».
