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Paris en vitrine : le pari de l’antiracisme en « petit comité » pour Sofia Chikirou

REPORTAGE – À deux pas du boulevard Haussmann, la candidate LFI à la mairie de Paris a réuni ses troupes à l’étage d’une brasserie du 8e arrondissement pour un café populaire consacré à l’antiracisme.

Entre deux cafés-crème, Sonia Chaouche, candidate LFI dans la 8e circonscription de Paris, a porté le projet d’une « capitale antiraciste » aux côtés d’une Sofia Chikirou centrée sur le débat avec ses sympathisants.

C’est quelques marches étroites, presque dérobées, qui mènent au premier étage d’une brasserie populaire du 8e arrondissement. En bas, le vacarme habituel du comptoir et le ballet des serveurs. En haut, une salle exiguë, tapissée de rouge et d’affiches électorales, transformée le temps d’une soirée en quartier général de campagne. Sous les néons, le décor est minimaliste : une vingtaine de chaises serrées face à une table en bois, quelques banderoles accrochées à la hâte. L’ambiance est curieuse, presque confidentielle. Dans cette forteresse de la droite parisienne, La France insoumise tente une incursion.

Mais pour ce meeting de Sofia Chikirou, candidate à l’Hôtel de Ville pour 2026, l’assistance reste restreinte : quelques militants historiques, des colistiers et une presse très clairsemée. On se veut « au cœur du peuple », mais la réunion prend des airs de huis clos entre convaincus.

Un débat de proximité

C’est avec vingt minutes de retard que Sofia Chikirou fait son entrée, sans mise en scène particulière. Elle s’installe face à l’assemblée, entourée d’une garde rapprochée hautement symbolique : Sonia Chaouche, candidate dans le 8e, Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré et figure du comité Vérité et Justice pour Adama, invitée pour évoquer les bavures policières et la lutte antiraciste, ainsi que le militant Youcef Brakni.

Si la tête de liste refuse catégoriquement de répondre aux questions de la presse, très peu présente, elle ne reste pas pour autant spectatrice de sa propre soirée. Elle s’engage pleinement dans le débat avec les sympathisants, échangeant sur la vision d’un Paris transformé.

Une stratégie de communication sélective : privilégier le dialogue direct avec la base plutôt que l’exercice médiatique traditionnel.

« L’antiracisme ne doit pas rester un mot »

C’est Sonia Chaouche qui assure l’ossature programmatique de la rencontre. D’un ton calme mais déterminé, elle expose l’ambition de la liste : faire de Paris la « capitale de l’antiracisme ».

Pour elle, le sujet dépasse largement le cadre idéologique pour devenir une question de gestion urbaine.

« L’antiracisme, ça touche le logement, l’école, la santé. Ces sujets doivent parler à tout le monde, même ici dans le 8e », martèle-t-elle, rappelant que des milliers de travailleurs des quartiers populaires font battre le cœur de ce quartier chaque jour et méritent une reconnaissance institutionnelle.

Un programme pour les « oubliés » de la capitale

L’offensive politique se décline en mesures concrètes que la candidate locale égrène devant l’assistance.

Le projet prévoit notamment la création d’un Conseil parisien des personnes exilées afin de donner une voix politique aux nouveaux arrivants, ainsi que la mise en place d’un fonds municipal dédié à la lutte contre les discriminations.

Sur le front social, l’équipe insoumise prône la gratuité totale de la cantine pour les familles les plus modestes et l’instauration d’une allocation d’autonomie pour les jeunes sortant de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

Des propositions pensées comme un rempart contre la précarité qui frappe les marges invisibles de la capitale.

« Paris c’est la vitrine de belles choses. Mais aussi de choses très horribles »

Dans l’assistance, on évoque les drames récents pour justifier l’urgence, notamment la mort d’Alassane Diarra dans le 20e arrondissement après un contrôle de police.

« Paris c’est la vitrine de belles choses. Mais aussi de choses très horribles », glisse Sonia Chaouche.

Pourtant, malgré la gravité des sujets et l’intensité des échanges internes, le souffle collectif semble peiner à dépasser les murs de la brasserie. Les applaudissements sont timides, les discussions restent feutrées.

En fin de soirée, alors que les militants se dispersent et que les affiches se décollent doucement sous la chaleur de la petite salle, l’impression d’un décalage persiste.

Sofia Chikirou termine le débat et quitte les lieux, laissant derrière elle l’image d’une campagne qui privilégie le contact direct sur le terrain, au risque de l’isolement médiatique.

Le meeting se voulait la vitrine d’un « nouveau Paris populaire » ; il aura surtout ressemblé à une répétition générale entre initiés, dans un coin de brasserie, là où le public peine encore à pousser la porte.

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