Emmanuel Grégoire, le stratège socialiste qui veut prolonger l’ère Hidalgo à Paris
Ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo et député socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire se présente comme l’héritier assumé de la gauche municipale. À 48 ans, cet ex‑communicant devenu homme d’appareil revendique une ligne de « gestionnaire réformiste », mêlant justice sociale, écologie urbaine et défense des services publics.
Chez les Grégoire, on ne découvre pas la politique, on y naît. Héritier d’une lignée de militants communistes, il a transformé cet héritage militant en parcours de gestionnaire aguerri. Né le 24 décembre 1977 aux Lilas, en Seine-Saint-Denis, il grandit dans une famille de tradition communiste, où l’engagement politique est presque une langue maternelle : son père a été permanent du Parti communiste français, collaborateur d’André Lajoinie, et ses deux grands-pères étaient eux aussi militants communistes. Après le divorce de ses parents, il déménage en Charente-Maritime et est scolarisé au collège de Jonzac, où il raconte avoir connu une enfance marquée à la fois par les déménagements et par une prise de conscience précoce des inégalités sociales.
Très tôt attiré par les idées et le débat public, il obtient un baccalauréat en Charente-Maritime puis intègre Sciences Po Bordeaux, dont il sort diplômé en 1999, complété par une licence de philosophie. Avant de plonger dans la politique à plein temps, il travaille près de dix ans dans le secteur du conseil, notamment dans le domaine médical : il intervient sur l’organisation des soins et des systèmes de santé en France et à l’international, puis rejoint le cabinet B2Ge Conseil, avant de créer sa propre entreprise. Ce passage par le privé lui permet de développer une culture de gestionnaire et une expertise en stratégie d’influence, qu’il réinvestira ensuite dans l’action publique.
De la tradition communiste à la social-démocratie
Malgré son héritage familial marxiste, Emmanuel Grégoire choisit la social‑démocratie et adhère au Parti socialiste en 2002, au moment où il soutient Lionel Jospin. Installé à Paris, il milite dans la section du 12ᵉ arrondissement, dont il devient rapidement secrétaire, et se spécialise dans la fabrique des programmes et la communication politique. En 2008, il franchit un cap en rejoignant le cabinet de Jean‑Louis Missika, alors adjoint au maire de Paris chargé de l’innovation, de la recherche et des universités, puis devient chef de cabinet de Bertrand Delanoë en 2009, fonction qu’il occupe jusqu’à son départ pour Matignon aux côtés de Jean‑Marc Ayrault en 2012.
Ce parcours dans les « coulisses du pouvoir » installe sa réputation d’homme de dossiers, plus à l’aise dans les arbitrages et les notes de cadrage que dans les grandes envolées publiques. Il est ensuite élu conseiller de Paris en 2014, dans le 12ᵉ arrondissement, et rejoint l’exécutif d’Anne Hidalgo comme adjoint chargé des ressources humaines, des services publics et de la modernisation de l’administration, puis, à partir de 2017, du budget et de la transformation des politiques publiques.
Refonder le quotidien plutôt que tout casser
Dans son programme, « Paris est à vous », le possible successeur d’Anne Hidalgo met en avant trois priorités qu’il présente comme le cœur de son projet.
. Le logement comme « première des batailles » : il promet la création de 60 000 logements sociaux et abordables, avec un rééquilibrage vers l’Ouest parisien, 4 000 places d’hébergement d’urgence supplémentaires pour qu’« aucun enfant ne dorme dehors l’hiver » et un encadrement renforcé des loyers et des logements vacants.
. Une « écologie populaire » du quotidien : le candidat veut poursuivre la réduction de la place de la voiture, développer les transports en commun (bus express, métro ouvert la nuit à terme, réseau cyclable renforcé), accélérer la rénovation énergétique des logements et verdir l’espace public, en insistant sur les effets concrets pour la santé et le pouvoir d’achat.
. Des services publics renforcés pour les familles : il annonce une refonte du périscolaire, des goûters gratuits à l’école, une mutuelle municipale, un réseau d’épiceries solidaires et un maillage de maisons de santé pour lutter contre les déserts médicaux intra‑muros.
À quelques jours du scrutin, Emmanuel Grégoire aborde la campagne avec un atout de poids : porté par l’union de la gauche sans LFI et par le soutien timide de la maire sortante, il arrive en tête des intentions de vote autour de 34% au premier tour. Reste à savoir si ce capital politique suffira à convaincre les électeurs et si ce maire annoncé peut aussi tourner une page sans renier l’héritage dont il est l’un des principaux artisans.
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VIDEO : Le Portrait d’ Emmanuel Gregoire
Il est LE candidat de l’Union de la gauche et des écologistes à Paris. Des Lilas à la mairie de Paris, de militant PS à premier adjoint, Emmanuel Grégoire se présente comme l’homme de la « rupture de méthode » avec son ancienne patronne, qu’il accuse désormais d’avoir tenté de torpiller sa candidature et de…
