Airbnb : le serpent de mer des élections
À l’approche des municipales 2026, Airbnb s’invite une fois encore dans la campagne parisienne. Réguler, interdire ou encadrer : les candidats promettent mais leurs marges de manœuvre restent limitées
À chaque scrutin, la plateforme américaine cristallise les tensions : pénurie de logements, loyers hors de prix, vie de quartier bouleversée. Depuis la loi Le Meur de 2024, la location d’une résidence principale est limitée à 90 nuitées par an, une règle renforcée par la mairie et souvent contournée. En toile de fond, la même équation sociale : plus de logements touristiques, c’est moins d’appartements pour les habitants.
D’autres grandes villes comme New York, qui interdit les séjours de moins de 30 jours, ou Montréal, qui impose un enregistrement strict, ont choisi la voie du contrôle musclé. À Paris, le sujet reste un baromètre du rapport de force entre économie, tourisme et droit au logement.
Arrivée sur le marché français en 2010, Airbnb a bouleversé l’économie des meublés de tourisme. La France est devenue le deuxième marché de la start-up californienne, derrière les États-Unis. Problème : ce boom de la location touristique a des impacts négatifs pour la ville de Paris. Il provoque à la fois une diminution de l’offre locative privée traditionnelle et une hausse du coût des logements, tant à la location qu’à l’achat.
D’après les derniers chiffres, l’offre de meublés touristiques via Airbnb reste importante à Paris. En octobre 2025, près de 48 000 logements entiers étaient proposés sur la plateforme, soit environ 3,5 % du parc de logements entiers de la ville, avec des pointes jusqu’à 20 % dans certains quartiers très touristiques, selon l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur). Parmi ces annonces, plus de 35 000 étaient ouvertes à la réservation plus de 90 jours par an, ce qui suggère des dépassements des limites légales. En février 2026, on dénombrait 45 591 annonces actives sur Airbnb à Paris, confirmant la présence toujours significative de la plateforme dans le paysage immobilier local.
« Avec moi, à Paris, Airbnb, c’est fini ! »
Emmanuel Grégoire affirme dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux en décembre, qu’avec lui à la mairie, c’en est fini d’Airbnb et en a reparlé ce 2 février 2026 en dévoilant ses propositions sur le logement devant plusieurs associations et collectifs réunis à l’Armée du Salut.
Pierre-Yves Bournazel (Renaissance-Horizons) propose de réduire le nombre de nuitées autorisées pour la location d’une résidence principale sur Airbnb de 90 à 30 nuits par an. « Je veux tirer la sonnette d’alarme. Notre Ville Lumière se vide de ses familles, de ses forces vives », s’inquiète-t-il auprès de La Tribune. « Les loyers sont deux fois plus chers à Paris qu’à Berlin ; une famille avec deux enfants doit payer quasiment deux SMIC pour se loger à Paris. C’est insupportable », ajoute-t-il. Il craint que Paris « devienne un musée à ciel ouvert. Aujourd’hui, elle est en train de perdre son âme, de s’affadir ». Cette mesure nécessiterait toutefois une évolution législative pour être mise en œuvre.
Sophia Chikirou (LFI) prône une approche plus radicale : recenser 25 000 annonces illégales et engager des saisies judiciaires afin de restituer ces logements au parc locatif.
À droite, Rachida Dati (LR) et Sarah Knafo (Reconquête !) restent évasives sur la question d’Airbnb, privilégiant d’autres priorités, comme la findel’encadrementdes loyers pour Knafo. ThierryMariani (RN) insiste sur la protection du patrimoine parisien, sans avancer de proposition concrète concernant la plateforme.
Ce que les candidats peuvent VRAIMENT faire
À Paris, louer un deux-pièces près du jardin du Luxembourg peut rapporter 625 euros la nuit, un studio à Pigalle 388 euros, et une chambre rue Saint-Honoré 309 euros. Sur Airbnb ou Booking, certains logements génèrent en une semaine autant qu’un mois de loyer classique, ce qui attire les propriétaires et accentue la pression sur le marché locatif traditionnel.
Pour autant, la marge de manœuvre de la mairie reste étroite. Elle peut contrôler l’enregistrement des logements, sanctionner les annonces non déclarées, créer des brigades municipales pour surveiller le marché et percevoir des taxes locales sur les résidences secondaires ou les meublés touristiques, dans la limite de la législation existante. Certaines mesures plus ambitieuses dépassent cependant ses compétences : réduire le nombre de nuitées maximal à 30 pour une résidence principale, interdire les meublés touristiques permanents ou plafonner les prix nécessitent une évolution législative nationale.
Dans les faits, la capacité d’action dépend autant de la volonté politique que des moyens investis dans le contrôle et la surveillance, mais aussi de la coopération avec l’État. Les habitants jugeront surtout la capacité des candidats à rendre la ville plus vivable, sans nuire à son attractivité économique et touristique. Airbnb reste ainsi un enjeu concret mais limité, révélateur des tensions entre ambitions électorales et contraintes légales.
Réguler Airbnb, à Paris, c’est promettre beaucoup pour agir peu. Reste à voir qui, parmi les candidats, saura transformer cet éternel débat électoral en politique concrète sans se perdre dans la bataille des mots.
