Quand tracter devient un risque : le baiser forcé
Dimanche 1er mars, place de Clichy à Paris, Théa Fourdrinier, candidate dans le VIIIe arrondissement, a été victime d’une agression sexuelle alors qu’elle distribuait des tracts. Un homme l’a embrassée de force en pleine rue. L’incident intervient dans une campagne déjà tendue et soulève la question de la sécurité des femmes engagées en politique.
Ce dimanche, la place de Clichy ensoleillée est animée comme chaque week-end. Des passants, des commerçants, et plusieurs candidats venus distribuer leurs tracts. Parmi eux, Théa Fourdrinier, 28 ans, avocate et tête de liste de l’union de la gauche dans le VIIIe arrondissement.
La matinée commence normalement. Jusqu’au moment où un homme s’approche d’elle. Selon la candidate, il avait déjà pris un tract et engage la conversation. Il affirme être le fils de la maire du VIIIe arrondissement, Jeanne d’Hauteserre. Puis, au moment de partir, il lui impose un baiser sur la joue, très proche de la bouche. Quelles étaient les intentions réelles de cet individu ?
Un moment de sidération
La scène se déroule en pleine rue, devant plusieurs témoins. Théa Fourdrinier explique avoir mis plusieurs secondes à réagir, sous le choc. “Je suis restée figée, je n’ai pas tout de suite compris ce qu’il se passait”, raconte-t-elle.
Autour d’elle, certaines personnes rient nerveusement, d’autres minimisent cette agression. L’un des passants aurait même qualifié le geste de “mignon”. Pour la candidate, cette réaction est difficile à entendre : “ce n’est pas un geste anodin, c’est un contact imposé”.
Un mensonge pour approcher
Petit “détail” : l’entourage de Jeanne d’Hauteserre précise que la maire n’a pas de fils. L’affirmation de l’homme était donc fausse. Pour la candidate, ce détail montre une volonté de créer un lien factice pour faciliter le contact.
Cet épisode ne serait pas isolé dans son expérience de campagne. Elle explique avoir déjà été confrontée à des remarques sur son physique ou son apparence lors de précédentes distributions de tracts. Des commentaires qu’elle juge déplacés et révélateurs d’un problème plus large.
Noémie Jumel, directrice de campagne de Théa Fourdrinier, souligne : “Malheureusement, ces comportements ne sont pas isolés. Les violences sexistes sont encore trop banalisées dans l’espace public. Nous devons veiller à ce qu’aucune militante ne se retrouve seule sur le terrain et éduquer nos militants pour que ce genre de réactions ne se reproduise pas”.
La question des violences sexistes en politique
L’agression relance le débat sur la place des femmes dans l’espace public, et plus particulièrement en politique. Être candidate signifie multiplier les rencontres directes avec les habitants. Une exposition permanente qui peut aussi entraîner des comportements intrusifs.
Pour Noémie Jumel, “ce type d’incident peut décourager certaines militantes, mais il doit surtout renforcer notre vigilance et notre mobilisation pour protéger toutes celles qui s’engagent”.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs responsables politiques lui ont apporté leur soutien, dont Emmanuel Grégoire, qui a dénoncé des faits “inacceptables”.
Une campagne qui continue
Malgré cet épisode, Théa Fourdrinier affirme vouloir poursuivre sa campagne sur le terrain. “Je ne veux pas que ce genre de comportement me fasse reculer “, assure-t-elle. Elle insiste sur la nécessité de ne pas banaliser ce type de gestes et de rappeler qu’un contact physique sans consentement constitue une agression.
Selon sa directrice de campagne, l’important est de maintenir la mobilisation tout en évitant que la tension ne prenne le pas sur le débat politique : “La campagne doit rester exigeante mais respectueuse, et la sécurité des candidates est une priorité”.
Suite à la plainte déposée par la candidate, l’enquête devra désormais déterminer les circonstances exactes des faits et identifier l’auteur. En attendant, l’incident laisse une trace dans une campagne déjà marquée par de fortes tensions. Et rappelle que la violence et la peur font de plus en plus partie de la vie politique.
