L’IA au cœur de la campagne pour la Mairie de Paris

L’intelligence artificielle s’invite dans la campagne municipale à Paris. Exploitée ou décriée, elle est un sujet de stratégies et de tensions qui pourrait compter.

De vidéos illustrant l’agression d’une femme, à celle d’un Paris sous les déchets à un Paris heureux et prospère, c’est Sarah Knafo la première à s’être lancée dans une campagne largement aidée par l’IA. L’usage assumé de l’IA constitue une nouveauté dans le paysage politique français.

Venue jouer les trouble-fêtes, Sarah Knafo gagne alors quelques points rapides qui lui permettent, pour le moment, d’accéder au second tour. La candidate soutenue par Éric Zemmour n’est pas la seule à utiliser l’intelligence artificielle dans la bataille pour Paris. Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons, soutenu par Édouard Philippe et Gabriel Attal, est équipé sur son site de campagne d’un « chatbot » capable de répondre aux questions sur le programme. C’est aussi le cas de Sarah Knafo, mais cette aide pour décortiquer les programmes, souvent jugée trop long, ne semble pas vraiment au point. Il est encore difficile d’obtenir une réponse si les questions sortent légèrement du cadre prévu par les programmateurs.

Mais au-delà de l’IA pour simplifier un programme ou produire des clips de campagne à moindres frais, Pierre-Yves Bournazel et Sarah Knafo ont annoncé vouloir utiliser l’IA dans la lutte contre l’insécurité. La candidate Reconquête veut connecter les lampadaires à une intelligence artificielle afin de mettre en fuite l’agresseur et de prévenir au plus vite la police. Pierre-Yves Bournazel, lui, souhaite mettre en place des caméras pilotées par IA.

Cette campagne à la mairie de Paris à l’aide de l’IA subit des critiques et des rétropédalages. Le candidat du Parti socialiste, Emmanuel Grégoire, avait tenté le pari en début de campagne en illustrant le reboisement d’une voie grâce à l’IA avant de faire appel à un graphiste afin de « protéger les emplois et les droits d’auteur ». L’utilisation de l’intelligence artificielle a donné lieu à quelques ratés. Une piste cyclable qui finit dans le mur de la part de Pierre-Yves Bournazel ou une fausse bouche de métro par Sarah Knafo.

L’IA, NOUVEAU CLIVAGE ?

Pour Rachida Dati, candidate Les Républicains, le refus d’utiliser l’IA est catégorique : « La politique, ça se joue sur le terrain. Puisque nous avons la connaissance du terrain, nous nous en passons », assure son équipe de campagne. Dimanche dernier, Thierry Mariani, candidat du Rassemblement national, publiait une courte vidéo générée par IA avant de réapparaître à la caméra, désabusé, avec ce message : « Devenir maire n’est pas un jeu. » Une attaque directement adressée à Sarah Knafo, en grande partie responsable du faible score dans les sondages du candidat RN. Mais Sarah Knafo assume et persiste : « L’IA ne ment pas plus que Word ou PowerPoint. C’est un outil, ce qui compte, c’est l’intention de celui qui l’utilise. » Pour elle, l’IA est la carte de la modernité : « Les autres candidats ne comprennent rien à la technologie, ni à notre millénaire. »

L’IA reste un enjeu de taille pour les politiques : plus d’un quart des électeurs se disent prêts à utiliser l’intelligence artificielle pour choisir leur vote aux élections municipales.