Dernière ligne droite : les militants de Rachida Dati lancent l’offensive
À deux jours du second tour des municipales à Paris, les militants de tous bords politiques donnent le tout pour tout. L’heure tourne et il faut convaincre les derniers indécis et abstentionnistes de choisir leur candidat. C’est le cas des Républicains, présents au Village d’Auteuil pour distribuer des tracts, dans l’espoir de voir Rachida Dati élue nouvelle maire de Paris.

L’opération de tractage commence dans la bonne humeur ce mercredi 19 mars, en fin d’après-midi dans la rue d’Auteuil. Les derniers rayons de soleil de la journée y sont pour quelque chose, mais pas que. Il y a un réel sentiment d’espoir dans l’air. Les militants LR du 16e arrondissement de Paris se partagent chacun des dizaines et des dizaines de tracts, et se dirigent par groupes de trois vers différentes bouches de métro.
Une atmosphère presque guerrière règne. Ils le disent et le répètent : leur candidate a toutes ses chances d’accéder à la municipalité. Rachida Dati s’est en effet assurée une place au second tour des élections municipales dimanche prochain, avec un score de 25,5 % au scrutin du week-end dernier. Après une fusion de liste avec celle du candidat macroniste et centre-droit Pierre-Yves Bournazel, l’actuelle maire du 7e arrondissement de Paris peut en effet rivaliser avec Emmanuel Grégoire, arrivé en tête du scrutin le 15 mars.
C’est en tout cas ce que croient dur comme fer ces quinze militants, comme Baudouin, tout juste diplômé de ses études de droit. « Bonsoir Madame, dimanche on change Paris ! », lance-t-il à une passante qui lui répond aussitôt : « Ne vous inquiétez pas, je vais voter pour elle », faisant référence à Rachida Dati. Pour ce militant de 23 ans, chaque voix compte, d’où son implication dans cette opération de tractage à l’approche de la date fatidique.
Bien qu’il soit persuadé de la victoire, Baudouin insiste tout de même sur l’importance de démarcher de potentiels nouveaux électeurs qui se seraient abstenus jusque-là. « On leur explique qu’il y a une vraie chance de victoire, surtout avec Chikirou qui part en dissidence, donc c’est maintenant ou jamais. » Baudoin se réjouit, « On trouve beaucoup moins de tracts dans les poubelles depuis cette campagne, preuve que les gens souhaitent réellement connaître les programmes des candidats. »
« On essaie de faire comprendre qu’avec Emmanuel Grégoire, les casseroles concernent des sujets plus graves »
Son collègue Armand, lui aussi posté à la sortie du métro Michel-Ange–Auteuil, se donne la peine de répondre pendant une demi-heure à une passante. « Elle veut exprimer son désaccord avec la candidature de Rachida Dati à cause de ses casseroles, mais on essaie de lui faire comprendre qu’avec Emmanuel Grégoire, les casseroles concernent des sujets plus graves. » Le militant de 20 ans fait référence aux scandales répétés d’abus sexuels, physiques et psychologiques mettant en cause des animateurs dans le périscolaire. Des phénomènes jugés trop récurrents, voire banalisés, sous la municipalité d’Anne Hidalgo.

Si cette passante demeure peu convaincue et assure voter blanc dimanche prochain, la plupart d’entre eux reçoivent la présence des militants de manière positive. « J’aime bien ce que vous faites, c’est super », interpelle une dame âgée d’une soixantaine d’années, tout sourire, pouce levé, et dont le style « bon chic bon genre » trahit d’avance la sensibilité.
Pour Armand, la présence militante sur le terrain est l’avant-poste de l’élu local. Elle permet d’ailleurs « d’expliquer aux gens que parfois, leurs problèmes ne viennent pas de la municipalité mais, d’autre part, du secteur privé par exemple ». Déployés sur le terrain depuis lundi, ce sont donc près de 200 militants qui s’occupent de cet arrondissement de l’ouest parisien de manière accélérée depuis mercredi matin.
« On va vraiment chercher des voix avec les dents »
« J’étais à La Muette à 8h et je suis ce soir avec une autre équipe de militants à Michel-Ange–Auteuil », raconte David Alphand, élu du 16e arrondissement et co-président, avec Rachida Dati, du groupe Changer Paris au conseil municipal. Bien qu’ils soient quasiment en terrain conquis, l’élu insiste : « Chaque voix compte. Auparavant, on votait par arrondissement, une voix supplémentaire dans le 16e n’avait pas le même intérêt que celui qu’elle représente aujourd’hui ».
En effet, cette fameuse loi Paris-Lyon-Marseille, réformée en 2025, permet cette année d’instaurer deux scrutins distincts au même moment. « Une voix dans le 16e compte tout autant qu’une voix dans le 19e ou le 20e arrondissement. Donc on va vraiment chercher des voix avec les dents », confirme David Alphand, dont l’enthousiasme ne semble pas s’être essoufflé après des heures de tractage dans la rue. La tournure des événements le rend optimiste quant à l’issue de dimanche prochain.
« La fusion avec Pierre-Yves Bournazel était relativement logique et coulait de source. La convergence de nos programmes était déjà très forte », reconnaît l’élu. Il explique ensuite la raison pour laquelle Rachida Dati s’est détournée de sa rivale aux municipales : « Pour ce qui est de Sarah Knafo, c’est une eurodéputée, elle arrive à Paris et n’a pas l’antériorité d’un Bournazel, qui est élu depuis 2008, et ça compte dans le crédit qu’on peut apporter à un candidat ».
David Alphand estime enfin que ce choix se justifie surtout par une volonté de ne pas transiger avec les valeurs fondamentales de la candidate des Républicains. « Ceci dit, nous respectons aussi bien Sarah Knafo que ses électeurs, et il n’y a pas de clivage qui soit absolu pour l’élection municipale », conclut-il en suggérant un ralliement de son électorat pour reprendre la ville de Paris.
Il est 20h passées, la nuit est tombée et les militants se sont regroupés, les mains presque dépourvues de tracts. Une photo de groupe s’impose afin de marquer l’événement avant que chacun rentre chez soi se préparer pour la dernière ligne droite.
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