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Abstention des jeunes : la gauche peut-elle renverser la tendance ? 

À Paris, faute d’union, la gauche mène désormais une campagne divisée. Après le verdict du premier tour, l’enjeu est de faire revenir aux urnes une jeunesse qui pèse lourd dans le corps électoral et qui s’est massivement abstenue. 

Crédits – Envato

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Dimanche 15 mars, dans toute la France, le taux de participation au premier tour des élections municipales est estimé entre 56 % et 58,5 %. Estimations publiées notamment par Ipsos BVAIfop-Fiducial et Toluna Harris Interactive. Un niveau en net recul par rapport au scrutin de 2014. Une autre traduction approximative de ce résultat est de 42,9 % d’abstention pour l’ensemble de la population. 

À Paris, la bataille se joue jusqu’au dernier souffle : comment convaincre une génération que le vote n’est pas une formalité sans effet?  

Une absence qui inquiète

« Cette élection est à fort enjeu, car la ville est menacée par Rachida Dati ». Dans la lumière tamisée de l’Atelier des Sœurs, dans le 10e arrondissement, Nathan ne cache pas son inquiétude. Engagé dans la campagne d’Emmanuel Grégoire, le jeune diplômé alerte contre la droite et refuse qu’une minorité finisse par imposer son choix : « 61% des jeunes entre 25 et 30 ans ne votent pas, vous ne pourrez donc pas vous plaindre de voir votre loyer doubler à l’issue de cette élection ».

Son constat n’est pas déconnecté de la réalité. L’abstention des jeunes était déjà très élevée il y a douze ans en 2014. Selon Anne Muxel, sociologue et directrice de recherche au CNRS, les 18-24 ans se sont nettement plus abstenus que leurs aînés avec un taux d’abstention qui grimpe à 57 %. En 2026 après le premier tour des élections, l’abstention est restée majoritaire chez les jeunes atteignant plus que 60 % dans la tranche des 25-34 ans

À rebours du camp Grégoire, Morgane oppose une autre lecture de la gauche parisienne sans pour autant minimiser l’enjeu électoral : « Le chantage pro-PS à Paris est insupportable », réplique Morgane, militante insoumise du 20e. Son ton se tend : « On fait comme si le Parti socialiste n’avait pas de bilan, alors que les loyers ont augmenté, qu’il y a eu des expulsions de réfugiés. » Ce n’est pas pour autant qu’elle minimise l’enjeu électoral. Son argumentation ne tarde pas à venir : « Je vis dans le 20e, et ici, on sait que voter, c’est vital. Au premier tour, il y a eu 43,43 % d’abstention dans le 20 ème, ça veut dire que presque un habitant sur deux a laissé les autres décider à sa place. » 

Le pari de la gauche: faire revenir les jeunes aux urnes

Dans les faits, les désaccords se resserrent autour d’une même ligne de crête. La gauche s’avère être fracturée, mais quel est le verdict ? L’abstention des jeunes ne peut qu’aggraver la situation. Dans son arrondissement, rappelle Morgane, la mairie agit directement sur le tissu social et sur les équilibres locaux : La mairie a un pouvoir direct sur une part énorme du logement dans l’arrondissement, et on en a plus de 34 000 logements sociaux ! Si même les gens qui risquent une expulsion ne prennent pas leurs responsabilités civiques, on sera toujours voués à l’échec.».

À cette mise en garde sur les conséquences, le rappel de Nathan se veut plus pratique : « Si vous êtes inscrits dans la ville ou le village de vos parents, mais que vous habitez aujourd’hui à Paris, changez votre situation ».  Le reproche vise une jeunesse mobile, souvent installée dans la capitale sans y voter encore. Le supporter socialiste insiste : « Il y a plein de jeunes qui pensent ne pas pouvoir voter. Je rappelle que les ressortissants de l’Union européenne, même sans avoir la nationalité française, peuvent s’inscrire sur les listes électorales ».  

Concrètement, il ne s’agit donc pas seulement d’appeler au civisme, mais aussi d’armer politiquement une génération, de l’informer sur ses droits comme sur les répercussions de son abstention. Pour Morgane, l’éducation politique semble d’ailleurs constituer un levier essentiel : « On parle souvent d’engagement associatif chez les jeunes, et c’est essentiel. Mais il faut aussi leur faire comprendre qu’exercer son droit de vote en fait partie ».

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