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Ve arrondissement de Paris : les raisons d’un basculement à gauche

Entre mutation de la population, logement et cadre de vie, le paysage politique évolue peu à peu. Longtemps acquis à la droite parisienne, le Ve arrondissement est aujourd’hui au cœur d’un scrutin serré entre droite et gauche.

Crédits : Envato – vue aérienne de Paris

Sous le soleil de mars, la rue Mouffetard déborde de vie. Terrasses pleines, marchés dynamiques. Ce sont surtout les langues qui frappent : anglais, espagnol, chinois, italien… Au cœur du 5e arrondissement, le brouhaha touristique masque presque les voix des habitants. Pour les croiser, il faut s’aventurer dans les ruelles adjacentes, moins fréquentées, où la vie locale reprend ses droits. Derrière cette effervescence, un mouvement discret mais constant se dessine : le 5e, longtemps ancré à droite, voit la gauche progresser.

Un scrutin serré

Au premier tour, la maire sortante Florence Berthout (Horizons, droite) obtient 36,04 % des voix (9 220 votes), talonnée par la candidate socialiste Marine Rosset (32,54 %, 8 324 votes). Avec une participation de 65,35 %, l’écart de moins de 4 points traduit un arrondissement désormais disputé, loin d’être acquis pour la droite.

Un quartier qui ne change pas tant que ça

Installée dans le quartier depuis 23 ans, Françoise observe surtout les commerces : « Il y a beaucoup moins de commerces de bouche, remplacés par des restaurants asiatiques ou des cafés originaux tenus par des étrangers »

Politiquement, elle perçoit une évolution : « Je pense que l’arrondissement est en train de basculer à gauche » Son souhait : préserver le caractère du 5e, ses écoles et son patrimoine. Le fief historique de Jean Tiberi, homme politique français qui a été maire de 1983 à 2014, penche à gauche.

Peur du changement et urbanisme

Malgré la progression de la gauche, la droite conserve une importante assise dans l’arrondissement. D’autant plus, qu’Anne Biraben, la candidate de Rachida Dati s’est retiré de la course à la mairie augmentant ainsi les chances de Florence Berthout d’être élue. Parmi leurs électeurs, ces riverains de la rue de l’Épée-de-Bois craignent les projets d’aménagements portés par les socialistes : « L’aspect urbanisme m’inquiète », confie ce jeune cadre. « Les transformations écologiques peuvent dégrader l’esthétique du quartier. », « non, un maire de gauche, ce serait nul. » tranche sa compagne.

Leurs propos illustrent la crainte d’un basculement qui transformerait l’identité historique du quartier.

Logement et cadre de vie: moteurs du vote

D’autres habitants, comme Gisèle, retraitée, voient au contraire la gauche comme une réponse concrète aux besoins du quartier : « Le logement étudiant, la végétalisation, rendre les rues plus agréables… c’est important. » Selon elle, le programme socialiste aborde « des sujets oubliés, comme la vie des seniors dans l’arrondissement ». Au-delà de la couleur politique, c’est les priorités du projet qui guide son vote.

Si on n’agit pas, le 5 ème risque de mourir

Pour Marine Rosset, la candidate socialiste, la progression de la gauche s’explique par le renouvellement de population et leurs aspirations : « Fermetures de classes, commerces en difficulté… si on n’agit pas sur le logement, le 5e risque de mourir. » Encadrement des loyers, création de logements, soutien à la vie étudiante : autant de mesures touchent un électorat plus large que la gauche traditionnelle.

Un basculement progressif

Dans les rues du 5 ème, le changement se ressent. Entre attachement à l’histoire et attentes nouvelles, les habitants oscillent. L’arrondissement, longtemps symbole de la droite parisienne, se recompose. Un phénomène qui résulte d’une accumulation de transformations sociales, urbaines et politiques, et non d’un seul scrutin. Reste à voir si, au second tour, ce basculement se traduira dans les urnes.

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