Municipales 2026 : l’est parisien, mur infranchissable pour Rachida Dati
Le camp de Rachida Dati a subi des revers dans les arrondissements de l’est parisien, bastions de la gauche hors de portée.
Félix Le Guyader et Loïc Cotteret

Fontaine aux lions, place Félix-Éboué, XIIème arrondissement. Félix Le Guyader
En plein cœur du 12ème arrondissement, sur la place Félix Eboué, des jeunes fument leur cigarette les yeux rivés sur leur téléphone.
Assis sur un banc près de la fontaine aux lions, Thomas* se détend en écoutant de la musique. Il habite à quelques encablures de là, avenue du Docteur-Arnold-Netter.
“Ce qu’ils ont fait ici m’a changé la vie”, se réjouit-il en évoquant la récente inauguration par Anne Hidalgo d’une place 100% piétonne, remplaçant un rond-point. “Maintenant c’est calme et on peut respirer”.
Ici, Lucie Castets (candidate de l’Union de la gauche et des écologistes) est arrivée en tête du premier tour avec 41,8 % des voix. Elle remplace la maire sortante Emmanuelle Pierre-Marie (Les Écologistes), écartée pour son management toxique. Derrière elle, Valérie Montandon, candidate de l’Union de la droite et du centre a récolté 22,5% des voix. Un résultat symptomatique de la faiblesse de la droite dans l’est parisien.
« Dati c’est du vent »
Thomas se satisfait des résultats de la gauche. “La politique d’urbanisme est positive. Grâce à elle, on a plus d’espaces verts et de faciliter pour circuler.” Pour lui, voir Lucie Castets distancer la droite ne le surprend pas. “C’est calme le 12ème. Je m’y sens en sécurité. Je ne suis pas concerné par ce que propose Rachida Dati”.
Cette dernière fait également figure de repoussoir pour l’entrepreneur. “Elle a plusieurs affaires judiciaires qui la suivent et avec les ministères qu’elle a dirigée, on dirait qu’elle mange à tous les râteliers”.
Un avis partagé par Michel* qui lit le journal un peu plus loin. Il vit à la Porte Dorée depuis quinze ans. “Dati c’est que du vent. Sociologiquement le 12ème ne colle pas avec la droite, ici c’est “bobo » et populaire”.
Un arrondissement-village
L’arrondissement compte vingt-mille logements sociaux, soit 27,3% des résidences principales et peu de lieux très touristiques.
Corentin, qui a orné sa veste d’une jonquille jaune contre le cancer, ajoute : “Ici il y a une ambiance familiale, de village, qui est renforcée par l’absence de monuments majeurs à visiter, ce qui éloigne les touristes et donc les Airbnb.”
Le 12ème arrondissement comprend une majorité de quartiers dans lesquels les annonces Airbnb représentent moins de 10% des résidences principales, selon l’Atelier parisien d’urbanisme. “L’âme populaire est préservée”, conclut-il.
Le 13ème arrondissement, symbole d’un ancrage à gauche indéracinable
Dans les autres arrondissements du secteur, les 13e, 14e, 19e et 20e arrondissements, traditionnellement ancrés à gauche et marqués par une forte présence des classes populaires et moyennes, les résultats du premier tour sont sans appel : Emmanuel Grégoire, candidat soutenu par la gauche (PS, PCF, Écologistes), arrive largement en tête, parfois avec plus de 40% des voix.
Quant à Rachida Dati, candidate LR-MoDem-UDI, elle peine à dépasser les 10-15 % dans ces secteurs, loin derrière ses scores dans les arrondissements plus aisés de l’ouest parisien.

Prenons l’exemple emblématique du 13ème arrondissement, où Jérôme Coumet (union de la gauche) l’a emporté dès le premier tour avec 51,52% des voix. Ce score écrasant s’inscrit dans la continuité des scrutins précédents et reflète une adhésion massive des électeurs locaux à un projet politique mêlant écologie, justice sociale et défense des services publics.
À l’inverse, la droite, représentée par Jean-Baptiste Olivier (LR, soutenu par Rachida Dati), n’a récolté que 14,02% des voix, un score très en-deçà des attentes et plus encore, qui a créé un véritable abattement, confie un de ses colistiers.
Ce résultat s’explique par un électorat peu réceptif aux thématiques sécuritaires et libérales portées par la droite parisienne, et une image de Rachida Dati perçue comme trop éloignée des réalités socio-économiques du 13ème.
La sociologie du vote, un mur pour Dati
L’est parisien, avec ses grands ensembles, ses quartiers multiculturels et ses électeurs souvent sensibles aux questions sociales et écologiques, constitue un terreau peu propice à la droite classique.
Les électeurs de ces arrondissements, plus jeunes, plus précaires, et souvent issus de l’immigration, se reconnaissent davantage dans les discours de la gauche sur la justice sociale, le logement, ou la transition écologique. Rachida Dati, malgré son parcours personnel et son ancrage dans la diversité, n’a pas su convaincre ces électeurs.
Pour gagner Paris, il ne suffit pas d’être en tête dans les arrondissements bourgeois de l’ouest : il faut aussi limiter la casse à l’est. Or, Rachida Dati, forte dans le 7e ou le 16e, n’a pas réussi ce pari.
Ses scores dans l’est parisien la placent en position de faiblesse pour le second tour. À titre d’exemple, dans le 19e arrondissement emblématique de la gauche parisienne, le candidat de l’union de la droite Pierre Liscia est devancé de près de 35 points par François Dagnaud le maire sortant.
Un second tour sous tension
Face à cette réalité, Rachida Dati tente désormais de fédérer la droite et le centre, en ayant négocié une alliance avec Pierre-Yves Bournazel (Horizons). Mais même une union des droites ne suffira pas à effacer le retard accumulé dans l’est parisien.
Dans ces arrondissements, les électeurs, souvent méfiants envers les alliances de droite, pourraient bien préférer se tourner vers la gauche ou l’abstention, plutôt que de soutenir une liste perçue comme trop éloignée de leurs valeurs.
Les élections municipales 2026 rappellent une vérité électorale : à Paris, on ne gagne pas sans l’est. Rachida Dati, en échouant à y réaliser des scores convenables, hypothèque sérieusement ses chances de l’emporter au second tour.
Pour la droite, la leçon est claire : sans un ancrage solide dans les arrondissements populaires, la conquête de l’Hôtel de Ville restera un rêve inachevé.
*Prénoms modifiés
