Les taxis Parisiens : « Une ville sans voiture, c’est une ville qui meurt »
Après vingt ans d’aménagements visant à faire de Paris une « ville verte », avec plus d’espace pour les vélos et les piétons, les taxis dénoncent une activité de plus en plus compliquée dans la capitale.
Embouteillages, klaxons, rues bondées… les taxis bravent chaque jour la ville de Paris. Au-delà de leur rôle de transport, indispensable la nuit ou en période de grève, ils sont aussi une part vivante et emblématique de l’identité parisienne. Et pourtant depuis vingt ans, les nombreux aménagements urbains de la capitale ne facilitent pas leur activité sur la route. Depuis son arrivée à la mairie en 2014, Anne Hidalgo a profondément remodelé la configuration de la ville au nom d’un Paris « vert et écolo », afin de réduire la place des voitures et donner plus d’espace aux piétons, aux vélos et aux transports publics : piétonnisation des voies sur berges de la Seine, transformation de la Rue de Rivoli avec des voies réservées aux vélos et disparition de plus de 15 000 places de stationnement.
À l’approche des municipales, certains candidats à la mairie de Paris souhaitent prolonger la politique d’Hidalgo – pourtant impopulaire – en matière d’aménagement urbain dans le but de faire un Paris 100% vélo, tandis que d’autres préfèrent assouplir les restrictions, réduire les pistes cyclables et faciliter la circulation automobile.
Un paris « étouffé » par la restriction des voies
« Entre les travaux, le rétrécissement des rues, le changement des sens lié aux pistes cyclable, on n’arrive plus à travailler comme avant », témoigne Rachid, qui exerce ce métier depuis plus de quarante ans. Depuis quelques années, il remarque une complication du trafic, que ce soit avec les réductions de voies, les pistes cyclables. Il estime que « la municipalité a étouffé plus la circulation qu’autre chose ». Pour lui, la fermeture des routes sur les berges est une grave erreur : « Quand c’était ouvert, c’était mieux pour la circulation : Il y avait moins d’embouteillage, moins de pollution ». Avec le développement des VTC comme Uber ou Bolt, alternatives beaucoup moins chères, il observe une « décade totale » du nombre de clients. « Un taxi comme le nôtre équivaut à dix Uber », explique-t-il, soulignant une concurrence jugée parfois « déloyale, pas contrôlée, pas recadrée ».
Khalid, chauffeur depuis 16 ans, considère pour sa part que les voies de bus permettent aux taxis de rouler « de mieux en mieux. » En revanche, il rejoint Rachid sur le souci des pistes cyclables. « Les vélos, c’est un gros problème parce qu’ils ont des pistes cyclables réservées pour eux, et en même temps, ils ont le droit de se mettre sur la voie de bus ou taxi. », explique-t-il. La réduction des chaussées est un problème « pour s’arrêter, prendre en charge un client et le déposer », alors même que les zones de stationnement de taxi ont diminué. « On est verbalisé constamment, on ne sait plus où se garer », affirme-t-il.
Des conséquences sur l’animation de la ville
L’enjeu va même au-delà. « Cela tue les commerces », martèle-t-il. Selon lui, loin d’encourager les gens à venir à pied, ces mesures dissuadent certains de se déplacer. « Les gens ne peuvent plus se garer, donc les commerces auront moins de clients ». Thierry, chauffeur depuis sept ans, renchéri : « une ville sans voiture c’est une ville qui meurt ». Pour lui, les restrictions de circulation menacent l’équilibre même de la ville. « Si vous entravez la circulation des biens et des marchandises, la ville meurt », explique-t-il. À ses yeux, la capitale se transforme progressivement en décor touristique : « Paris devient une ville musée… une ville fantôme. »
Thierry avoue ne plus vouloir voter aux municipales. « Comme disait Coluche, si la politique servait à quelque chose cela ferait longtemps qu’on le saurait ! », s’exclame-t-il avec une pointe d’humour, pour souligner le bilan catastrophique des dernières politiques menées à l’échelle municipales. Pour lui, les taxis sont de plus en plus mis à l’écart dans l’organisation de la circulation : « Ils nous invisibilisent », affirme-t-il. Il reproche à la municipalité d’aménager l’espace public sans consulter les chauffeurs, en reléguant parfois leurs stations dans des zones moins fréquentées.
