Dans le XIIIe arrondissement la course aux municipales sous le joug de l’abstention
Dans cet arrondissement emblématique de Paris et reconnu pour sa teinte asiatique, la question de l’abstention semble jouer en faveur de l’actuel maire et candidat à sa propre succession.
Les gouttes d’eau s’écrasent bruyamment au sol, un dragon jaune cracheur de feu côtoie un écriteau « Paris store », les dialectes étrangers fusent au milieu des klaxons, au cœur du XIIIearrondissement. Ici les passants ne sont pas très loquaces, s’ils daignent s’arrêter, le seul mot d’élection suffit à en effrayer le plus grand nombre. L’arrondissement des Gobelins avait connu une abstention de plus de 60% aux dernières municipales.
Malgré la réticence ambiante, Nhung, étudiante à la Sorbonne, s’arrête quelques instants. Selon elle, l’élection municipale n’est pas un sujet très usité dans les conversations qu’elle a avec ses proches « c’est vrai que ce n’est pas quelque chose dont on parle à la maison. Je ne sais même pas si mes parents vont voter ». Quelques mètres plus loin, Huang, un jeune ingénieur nous raconte quant à lui sa satisfaction de la gestion actuelle de son arrondissement, et plus généralement de la ville de Paris. « Le quartier est plutôt bien entretenu, notamment les espaces verts. Concernant les transports c’est plutôt bien desservi. On sent qu’il y a une continuité dans la gestion municipale », conclue-t-il. Une continuité que l’actuel maire d’arrondissement Jérôme Coumet (DVG-Union de la gauche), souhaite pour les six années à venir. Siégeant au conseil de Paris depuis 2001, il vise un quatrième mandat.
Pourtant à quelques encablures d’ici, au croisement de l’avenue d’Ivry et de la rue Regnault, dans le quartier des Olympiades, Véronique, quinquagénaire et auxiliaire de vie sociale (AVS), ne cache pas son mécontentement. « Je n’en peux plus de ce quartier, cela fait des années que les escalators ne fonctionnent pas ici, idem pour les ascenseurs régulièrement en panne. Le maire se targue d’être inclusif mais c’est un cauchemar pour les personnes en situation de handicap ». À ce sujet d’insatisfaction, partagé par de nombreux citoyens, s’ajoute la thématique de la propreté. Fatima, mère de deux enfants, déplore le manque d’entretien de certaines structures : « mes enfants ont été contraints d’arrêter le sport à cause de l’insalubrité du lieu où ils s’entrainaient, le stade de la Tour-à-parachute. Il y a même des rats ! ».
À quelques heures de la fin de la campagne, les équipes des candidats s’empressent de distribuer les derniers tracts et tentent de convaincre les indécis. C’est le cas de Michel (nom d’emprunt) militant LFI et fervent soutien du candidat pour la mairie du XIIIe, Christophe Prudhomme. Conscient de l’abstention dans certains de ces quartiers, il déplore un manque d’investissement des habitants : « de manière générale les populations ne sont pas très investies civiquement dans la vie de la cité. Les gens se font discrets et sont peu enclins au changement. C’est avant tout quelque chose de culturel, mais on doit essayer de les sensibiliser à la vie de la commune. »
Si pour l’heure le candidat sortant est donné favoris, ce sera aux quelques 110 000 électeurs de se prononcer les 15 et 22 mars prochains. Mais c’est sans doute ceux qui ne se prononceront pas qui auront le plus de poids dans la balance.
