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Barbès sous haute tension à la veille des élections municipales

À la veille des élections municipales de Paris, l’insécurité est un thème clé débattu par tous les candidats. Pour tenter de comprendre la situation à Paris, nous sommes allés du côté de Barbès (18e), haut lieu du trafic de drogues qui brasse une population très hétéroclique,  prendre la température et interroger quelques riverains.​​ 

Direction le 18e arrondissement. À la sortie du métro Barbès-Rochechouart, rencontre avec des habitants pour parler sécurité. Beaucoup d’entre eux ne parlent pas français. Lorsque certains entendent les mots « journalisme » ou « insécurité », ils refusent de répondre à nos questions. Nous avons senti une méfiance certaine envers tous ceux qui n’habitent pas le quartier, et qui oseraient s’y aventurer. Dans une ruelle étroite et bondée, des agents de la police nationale en uniforme, venus en observateurs, poussent rudement les passants pour continuer leur ronde. En retour, ils reçoivent des insultes de la part de certains. “Fils de pute”, “Robocop”…. et autres gracieusetés sont lâchées comme des crachats. Les policiers restent impassibles. L’atmosphère est tendue, pour ne pas dire électrique. Ce genre de scène se répète plusieurs fois par jour comme si ces bandes se permettaient de contrôler le quartier qu’ils considèrent comme leur territoire.  Fernando, vendeur de rue, accepte de nous parler. « Il y a assez de police dans les rues ! Le vrai problème, c’est le métro. Toxicos, vendeurs de cigarettes et drogués s’y retrouvent. C’est là que ça dérape. » Il insiste : “la présence en surface, c’est-à-dire dans les rues, ne suffit pas, il faudrait plutôt commencer par « nettoyer » le métro, là tout commence…” 

Le plan Grégoire par ses militants 

Au hasard de notre déambulation, Martin, un militant qui distribue des tracts pour Emmanuel Grégoire, accepte de répondre aux préoccupations de sécurité relevées sur place. « Il y a deux polices différentes, note-t-il. Mais la police nationale, qui dépend de l’État pour lutter contre la drogue et toutes formes de violence a un avantage, c’est qu’elle est armée. Nous misons surtout sur la police municipale, qui est davantage une police du quotidien au cœur des quartiers.” Il ajoute qu’il est regrettable que cent postes de policiers nationaux aient été supprimés dans tout le 18e ces dernières années. Quand on lit le programme du candidat de gauche, celui-ci veut installer des « koban », ces petits postes de police inspirés du modèle japonais, dans chaque arrondissement et sur les points chauds, notamment porte de Clignancourt.  

Des mesures pour lutter contre l’insécurité 

À ses côtés, Barbara colistière de Martin dans l’équipe Grégoire, précise les détails du programme. Il est envisagé la création de 5000 postes d’agents non armés, issus des quartiers. Ils seraient déployés partout pour rassurer la population. “L’insécurité est un vrai enjeu à Barbès, dit-elle. Cependant, on se méfie des policiers armés qui créent méfiance et conflits. La priorité va à l’apaisement par la proximité.” De son côté, Martin ajoute qu’il faut éviter les drames comme celui qui eut lieu en janvier dernier ;  Hacen Diarra, 35 ans, avait été touché par un taser dans le 20e, avant d’être mis en garde à vue où il trouva la mort. Selon ces deux militants, Emmanuel Grégoire veut aussi recruter localement une police qui ressemble aux habitants.​ Autre mesure du candidat : s’il prévoit le déploiement de 500 caméras tactiles mobiles, il propose l’installation de « koban », ces petits postes de police inspirés du modèle japonais, dans chaque arrondissement et sur les points chauds, notamment porte de Clignancourt.  

Mais les riverains vont-ils se sentir rassurés par le projet de 5000 nouveaux agents que propose le candidat socialiste, comme d’ailleurs la candidate macroniste Rachida Dati, qui elle, souhaite élargir leur compétence afin qu’ils puissent contrôler les papiers d’identité et accéder aux fichiers nationaux ? Cependant, d’autres défis attendent les riverains, fatigués par tant de points de deal et de violence qui ne cessent de polluer un quartier toujours explosif.

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