Municipales à Paris : ces deux candidatures qui peuvent faire basculer le second tour
DÉCRYPTAGE – La capitale semblait promise à un duel entre Emmanuel Grégoire et Rachida Dati. Si les deux candidats apparaissent aujourd’hui les mieux placés dans les sondages, l’issue du vote pourrait dépendre d’autres acteurs. Entre triangulaires possibles, retraits tactiques et négociations d’entre-deux-tours, Sophia Chikirou et Sarah Knafo pourraient bien jouer les arbitres dans la bataille pour l’Hôtel de Ville de Paris.
Le scénario semblait écrit : un face-à-face, remake de 2020, entre le PS d’Emmanuel Grégoire et la droite de Rachida Dati. Selon un récent sondage Elabe pour BFMTV, Le Figaro et La Tribune du dimanche, le candidat socialiste est en tête au premier tour avec environ 30 % des intentions de vote, devant la candidate LR créditée de 26 %. Mais ce scénario n’est pas aussi certain qu’il y paraît.
Dans plusieurs simulations de second tour, l’écart se réduit à la marge. Certains scénarios placent même les deux candidats au coude-à-coude, autour de 50 % chacun. Dans ces conditions, la conquête de l’Hôtel de Ville pourrait se jouer à quelques milliers de votes, tandis que les réserves de voix restent incertaines. Depuis l’entrée en campagne de l’eurodéputée Sarah Knafo et de l’insoumise Sophia Chikirou, l’issue du scrutin parisien apparaît de plus en plus indécise.
LFI / PS : le duo duel de la gauche française
La première inconnue se situe à gauche. La candidate insoumise, Sophia Chikirou, est créditée d’environ 10 % des intentions de vote, un score qui la place au seuil nécessaire pour se maintenir au second tour. Si elle se qualifie et choisit de rester, la gauche se retrouverait divisée. Dans cette hypothèse, une triangulaire entre Emmanuel Grégoire, Rachida Dati et Sophia Chikirou pourrait rebattre les cartes. Certaines projections donnent alors un avantage à l’ancienne ministre de la Culture.
À l’inverse, un retrait de LFI au profit d’un rassemblement de la gauche renforcerait nettement la position d’Emmanuel Grégoire. Rien n’indique toutefois que les Insoumis accepteront de s’effacer. Depuis le début de la campagne, ils défendent leur autonomie politique dans la capitale et s’attaquent frontalement au bilan des socialistes. La très proche conseillère de Jean-Luc Mélenchon et de liste à Paris, avait même indiqué à nos confrères du Parisien qu’« il ne faut pas qu’un socialiste soit maire de Paris ». Une position qui interroge, quelques mois après l’union de la gauche aux élections législatives sous l’étiquette du Nouveau Front populaire. L’ambition de La France insoumise pour ces municipales est claire : renforcer sa place de leader à gauche en vue de l’élection présidentielle de 2027.
Sarah Knafo : une faiseuse de roi inattendue
À droite aussi, une inconnue demeure. Dernière candidate déclarée dans la course à l’Hôtel de Ville, Sarah Knafo pourrait rebattre les cartes au second tour. Le récent sondage Elabe pour BFM, Le Figaro et La Tribune du Dimanche crédite la jeune énarque de 13,5 % des intentions de vote, un score qui lui permettrait de se qualifier aisément pour le second tour.
Si elle franchit la barre des 10 %, une triangulaire pourrait voir le jour. Dans certains scénarios, ce maintien affaiblirait Rachida Dati en divisant l’électorat de droite et du centre droit. Mais une autre hypothèse circule déjà dans les états-majors : celle d’une union / fusion qui pourrait bénéficier à l’ancienne ministre de la Culture. Un scénario que beaucoup de militants LR appellent de leurs vœux, mais que leur candidate refuse pour l’instant, sans en fermer totalement la porte.
Un nouveau monde de scrutin qui rebat les cartes
Dans cette campagne, les alliances comptent presque autant que les bulletins de vote. Le nouveau mode de scrutin municipal, avec une prime majoritaire accordée à la liste arrivée en tête, renforce le poids des stratégies d’entre-deux-tours. La réforme électorale qui s’applique à Paris, Lyon et Marseille modifie la campagne municipale : les électeurs voteront désormais deux fois à chaque tour, une fois pour la mairie centrale et une fois pour la mairie d’arrondissement.
Un système moins favorable à la gauche, qui avait jusqu’ici l’habitude de s’unir malgré ses divergences afin d’élire indirectement le maire de Paris via les conseillers d’arrondissement. Depuis, les équilibres ont changé. La France insoumise, qui refuse pour l’instant l’union, peut fragiliser la gauche si elle se maintient. Sarah Knafo, de son côté, est susceptible d’affaiblir la droite si sa candidate reste dans la course – ou, au contraire, de la renforcer en cas d’accord. La mairie de Paris pourrait donc ne pas se décider seulement entre Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, mais pourrait dépendre de celles et ceux qui choisiront, ou non, de s’allier.
