Rue de Rivoli : quel avenir après les élections municipales ?
Reportage – Au croisement des 1e et 4e arrondissements de Paris, l’avenir de la rue de Rivoli est remis en question à la veille des élections municipales. En toile de fond, un aménagement de la route qui fait débat.
Exemple prototypique de la mutation parisienne, la rue de Rivoli canalise les tensions. Deux larges voies de vélo et une plus mince pour automobile, concentrent le débat autour de l’aménagement urbain pour les transports.
La configuration actuelle remonte à 2020, lorsqu’Anne Hidalgo avait décidé de pérenniser les « coronapistes », des voies cyclables initialement temporaires pensées pour répondre à la pandémie.
Les candidats à la mairie en ont fait l’étendard soit des réussites, soit des échecs de la politique d’aménagement de la capitale. Les candidats de la droite proposent de rouvrir la rue aux voitures, quand les candidats de la gauche souhaitent conserver ou prolonger la démarche écologiste actuelle. D’un côté, fluidité du trafic, de l’autre, diminution des émissions de CO2 et des particules fines. Sur ce sujet, une étude airparif publiée en 2025 estime à environ un quart du total la baisse des émissions de CO2 imputables à la diminution de l’utilisation des voitures.

Plan de la rue de Rivoli proposé par Sarah Knafo. Source : Programme Paris 2026, « Paris, Une ville heureuse »
« C’était mieux à l’époque »
Si la question divise les candidats, elle divise également les riverains. Le regard perdu dans le lointain, Nathalie, 75 ans, repense à l’époque où les voitures circulaient librement : « C’était mieux à l’époque. On pouvait se déplacer plus vite avant, c’est un retour en arrière. ». L’œil humide, elle évoque comment, dans la situation actuelle, elle n’aurait « jamais pu accompagner dans l’urgence sa mère à l’hôpital ». Dans la mesure où les voies de métro ne sont pas accessibles aux handicapés le tout vélo menace selon elle la capacité des personnes handicapées à se déplacer rapidement dans la ville. Elle conclut que la question de l’aménagement de Rivoli serait susceptible d’influencer son vote pour le maire d’arrondissement, mais pas pour le maire de la ville. Gilles, pour sa part, estime qu’il faut « vivre avec son temps », que les changements apportés à la route ne changent fondamentalement rien au quartier.
« Ce qui est fait est fait, il n’y a pas de raison de repartir en arrière »
La rue de Rivoli suscite des réactions assez mesurées du côté des commerçants. Pour la plupart des boutiquiers, ces deux larges voies cyclables bidirectionnelles ne sont pas un débat. Sylvain, employé dans une librairie de la rue, assure que la question est rarement évoquée entre commerçants. « Tout le monde s’en fout, ici. On n’en parle pas entre nous. Ça ne change rien à ma vie », confie-t-il.
Pour Meyer, à l’accueil du Nizou, magasin de vente de divers bijoux orientaux, l’impact sur l’activité reste limité. « On travaille surtout avec les touristes, c’est comme un zoo touristique », plaisante-t-il. « Les voitures ne peuvent pas faire d’arrêt, donc ça ne change rien pour le business du magasin. » Sans voiture lui-même, il préfère conserver l’organisation actuelle.
D’autres y voient plutôt une évolution logique. Jean-Michel, gérant du magasin Kielle installé rue de Rivoli depuis seulement trois ans, explique que même s’il ne peut pas, de fait, comparer avec la situation d’avant, l’infrastructure est adaptée. « Je l’emprunte souvent à vélo pour venir. Les voies sont larges, c’est agréable, il n’y a pas d’engorgement. Ce qui est fait est fait, il n’y a pas de raison de repartir en arrière. » Il ajoute aussi que plusieurs études ont montré une amélioration de la qualité de l’air depuis la réduction de la circulation automobile.
Un Rivoli revitalisé ?
L’association de Défense des Riverains et Acteurs du Quartier des Halles (ADRAQH) estime au contraire que ces transformations ont « réduit la zone de chalandise » et « asséché les flux de clientèle », contribuant selon elle à une grosse dévitalisation commerciale de l’axe.
Pourtant, les données nuancent ce constat. En janvier 2024, la mairie de Paris Centre a présenté une étude publique avec l’Apur et la CCI Paris Île-de-France. Celle-ci montre que la fréquentation de la rue de Rivoli est passée de 13,2 millions de visiteurs par an avant le Covid à 14,9 millions entre mai 2022 et mai 2023.
Le taux de vacance commerciale reste également relativement faible : 5,3 % sur Rivoli, contre 7,8 % en moyenne à Paris et 9,1 % dans les centres-villes français. Ainsi, le cœur de Paris conserve une forte densité commerciale et une relative stabilité dans le nombre de commerces malgré les transformations urbaines récentes. À quelques jours du premier tour des municipales, cette rue et ce qu’elle représente pourrait faire pencher la balance du scrutin.
Par Enguerrand BEDEZ et Tom CHADEFFAUD
