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« Sans arme, ils sont impuissants » : à Paris, l’enjeu de l’armement de la police municipale

ANALYSE. – La hausse des effectifs de policiers municipaux fait consensus au sein des candidats pour les municipales de Paris. Plus clivante est la question de leur armement, face à la hausse de l’insécurité.  

28 000 refus d’obtempérer recensés en 2025, soit 11 % de plus que l’année précédente, selon le ministère de l’Intérieur. Un chiffre parmi tant d’autres, qui a fait de l’insécurité une des préoccupations les plus importantes pour 45 % des Français à l’approche des municipales, selon l’Institut Montaigne. A Paris, 47 riverains sur 1000 ont été victimes de vols, soit cinq fois plus que sur la moyenne du territoire français. La capitale sort du lot et sa police municipale, recréée il y a seulement 5 ans, a fort à faire pour combattre ces incivilités. Alors que 80% des agents municipaux sont armés en France, les 4 000 policiers parisiens font figure d’anomalie. 

En vertu de leur statut, ceux-ci n’ont pas vocation à intervenir en premier en cas d’opposition à une criminalité lourde, mais sont déployés dans un but de prévention et de maintien de l’ordre local. Premiers agents au contact de la population, ils disposent d’un armement leur permettant un usage gradué de la force, de la bombe lacrymogène au pistolet, seule arme létale, en passant par des armes à létalité « réduite » comme le lanceur de balles de défense (LBD) et le pistolet à impulsion électrique (taser). 

Leur usage est encadré par le Code de sécurité intérieure. L’article L.435-1 encadre la prérogative d’utilisation de l’armement létal « en cas d’absolue nécessité et de manière strictement proportionnée », après sommations à haute voix et, le cas échéant, si la vie du policier ou d’autrui est mise en danger. S’il veut armer ses agents, le maire dépose une demande auprès de la préfecture, laquelle donne son assentiment, par l’intermédiaire d’un procureur.  

Si la loi est la même pour tous, la doctrine d’emploi est ainsi laissée à l’appréciation de l’édile. « La mairie de Paris n’autorise que les Tonfa [matraques] et les « lacrymos » pour seul armement, même pas le flashball ni le taser », déplore Augustin Dumas, référent national du syndicat Alliance police. « Les policiers sont primo-intervenants face à de plus en plus de situations où leur vie est en danger. Sans arme, ils sont impuissants ».  

A l’aune des municipales, si l’objectif d’augmenter les effectifs figure dans tous les programmes, la question de l’armement des policiers municipaux divise les prétendants. Emmanuel Grégoire (PS) y est opposé car selon lui « les missions que lui confie la loi ne le justifie pas ».Sophia Chikirou (LFI) est sur la même ligne et préfère miser sur « la médiation et la prévention ». Sarah Knafo souhaite atteindre, à terme, les 8000 policiers armés. Rachida Dati (LR) veut augmenter les effectifs jusqu’à 5000 policiers « armés, équipés et formés ». Pierre-Yves Bournazel (HOR), lui, voudra atteindre les 6000 agents armés « de revolvers et des gilets pare-balles », et étendre ses prérogatives. Thierry Mariani (RN) souhaite atteindre les 8350 policiers municipaux armés, « en s’appuyant sur le projet de loi sur les polices municipales examiné adopté dernièrement par le Sénat ».  

Réalité du terrain 

Ce serpent de mer politique contraste avec l’évidence du terrain. « Il y a une explosion des incivilités envers les personnes. Lors des interventions, cela augmente notre stress, car les vies sont de plus en plus directement mises en jeu », souffle Vincent, policier municipal de 22 ans. Selon la préfecture, les atteintes aux personnes ont augmenté de 5% en 2025 par rapport à l’an passé, et les violences physiques « non crapuleuses » (sans vol) de 9,2%. En poste depuis deux ans à Paris, le jeune homme a observé une explosion des refus d’obtempérer « particulièrement dans le cas des petits véhicules, type motos ou scooter ». La mort du jeune Nahel, abattu par un policier en juin 2023, a entraîné de violentes émeutes et conduit une partie du personnel politique et médiatique a jeté le discrédit sur la police. 

Dans ce climat tendu, la profession marche sur des œufs. Pourtant, la présence du policier en arme revêt un caractère dissuasif. « Le port d’arme a une vertu préventive. Avec son arme, le policier ne fait pas peur, il rassure. On sait qu’il est capable de défendre autour de lui », note Augustin Dumas. Selon lui, l’armement doit être « décidé par l’Etat, et non par la mairie. Le maire doit demander le non-armement de sa police si le contexte le permet, et non l’inverse ». Pour Vincent, « abaisser le seuil d’utilisation permettra au policier d’agir plus sereinement ». 

Cette extension des prérogatives va de pair avec une formation déjà soutenue pour la plupart des agents. « Le policier municipal tire en moyenne 100 cartouches par an, soit plus que le policier national. Les policiers parisiens s’entraînent comme leurs collègues, et sont donc bien formés », ajoute le représentant d’Alliance Police. Quid du prix ? « Un pistolet semi-automatique coûte entre 400 et 500 euros par agent. C’est raisonnable, au regard de l’enjeu humain engagé, et le financement peut être soutenu par des subventions du ministère de l’Intérieur, note-t-il. C’est avant tout une question de courage politique ».  

Jean-Bosco Herbin et Gautier Cruchaudet

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