Le match Dati – Grégoire : qui finira KO ?
ANALYSE – Les réseaux sociaux sont essentiels pour gagner en popularité. En ce mois de mars, ce canal d’expression est devenu le théâtre d’un affrontement féroce entre Rachida Dati et Emmanuel Grégoire.
Par Farah Djebbar et Mathilde Henry Chanson
Une récente étude de l’Arcom* démontre que les réseaux sociaux (X, Facebook et Instagram en majorité) sont massivement utilisés pour accéder à l’information : 47% des Français y ont recours chaque jour pour s’informer, 56% de manière hebdomadaire. Quand on leur demande les raisons, voici les réponses qui reviennent le plus : ils y trouvent des informations qu’ils n’ont pas ailleurs (34%) et préfèrent les formats proposés (25%). Avec de tels arguments, difficile pour les personnalités politiques en pleine campagne de faire l’impasse sur les réseaux sociaux. Depuis quelques années, une accélération est notable : les politiques s’entourent immanquablement d’un community manager et d’un vidéaste pour gagner en visibilité, et ça paye ! Alors pour ces élections municipales de mars, quelles sont les deux stratégies des favoris, Rachida Dati et Emmanuel Grégoire ?
Rachida Dati : tête brûlée aux allures de shérif
Dès le 8 octobre 2025, la maire du 7e arrondissement a entamé sa campagne des municipales sur les réseaux sociaux, ou devrait-on dire, a enfilé ses gants pour monter sur le ring qui l’oppose à son principal rival, Emmanuel Grégoire.
Avec une dizaine de posts visant explicitement le candidat socialiste, Rachida Dati n’y va pas de main morte avec la décrédibilisation du parti adverse et de sa politique, en place au sein de la ville depuis vingt-cinq ans. Les réseaux lui donnent l’espace nécessaire pour afficher un tandem Hidalgo-Grégoire dysfonctionnel, pointé du doigt comme « le triste symbole d’un échec » selon ses mots… quitte à forcer le trait en incarnant un personnage cassant et inflexible.
Une attitude franche et directive que l’on retrouve dans ses vidéos lorsqu’elle s’aventure dans des zones sensibles, pour rencontrer des personnes sans-abris ou encore des prostituées. On l’aura compris, Rachida Dati, fidèle à elle-même, démontre une grande fermeté. Mais est-ce son seul visage ? Pour tout de même susciter la sympathie (puisque l’autorité ne suffit pas pour être élue), elle montre une facette plus douce, tout sourire avec les Parisiens, jusqu’à devenir tactile. Une stratégie qui ne fait pas nécessairement l’unanimité. Sous ses vidéos, de nombreuses personnes commentent même : « Elle se réveille à quelques semaines des élections… on n’est pas dupes ! » ; « Qu’est-ce donc ? Une campagne de communication ? » ou encore « Elle a toujours fait ça ou c’est juste pour les municipales ? Je pense déjà avoir la réponse ! ».
Rachida Dati alterne entre autorité et souplesse dans ce combat de boxe digitalisé. Mais est-ce que son adversaire rend les coups ?
Emmanuel Grégoire : « Monsieur tout le monde » au ventre mou ?
S’il y a bien un candidat qui met le paquet sur les réseaux pour les municipales, c’est Emmanuel Grégoire. Armé d’une équipe de communication solide pour mener à bien sa campagne, il fait des réseaux sociaux un vrai terrain de jeu pour incarner au mieux « l’hyper-proximité » qu’il prône tant. Sur son compte Instagram, qui propose une cohérence graphique et des publications quotidiennes, on peut découvrir des vidéos du candidat socialiste qui entremêlent information sur le fond, et décontraction sur la forme. En exemple : vêtu d’un jogging, il débite ses mesures pour la pratique sportive à Paris en plein « five », un match de foot à cinq contre cinq… ou entre deux crocs dans un kebab, il fait état du pouvoir d’achat des habitants de la capitale. De temps à autres, il pousse l’attitude « cool » un peu plus loin : le politique se laisse tenter par la reproduction de « trends » (les tendances virales souvent humoristiques) pour un peu plus interloquer la génération Z, quitte à risquer le pas de côté.
Mais ce qui échappe difficilement à celui qui arpente ses contenus, c’est la guerre offensive qu’il mène contre Rachida Dati. Sur un rythme d’un post sur trois, il attaque sans détour sa rivale, avec des montages photos affichant une nette opposition idéologique « “le Paris de l’amour” (Grégoire) vs. “Le Paris de la haine” (Dati) », et un flot continu de dénonciations : “Mme Dati, ses mensonges, ses alliés d’extrême droite, ses affaires, et son projet de régression”. Cette insistance manifeste semblerait, pour beaucoup d’internautes, prendre le dessus sur l’essentiel (à savoir : son programme) : « Franchement, quelles que soient nos opinions politiques (et je ne suis pas fan de Dati), votre post est petit et indigne d’un homme politique. », « C’est un programme fort, construit, sérieux, chiffré surtout, qui pourrait vous démarquer, pas de traîner vos concurrents dans la boue (…) » ou encore « Vous espérez vraiment récolter des voix avec ce type de post ? ».
Certes, les réseaux sociaux permettent aux deux candidats en tête des sondages de se livrer à une bataille « un contre un » sans limites. Mais cette surenchère sert-elle réellement les deux candidats ? Ne risque-t-elle pas d’occulter les outsiders encore susceptibles de surgir avant la fin du dernier round ?
*L’Arcom publie une étude sur le rapport des Français à l’information, conduite auprès d’un échantillon représentatif de 3400 Français âgés de 15 ans et plus.
