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Paris 2026 : Quand l’héritage haussmannien fait campagne

À l’approche des municipales de Paris, la bataille pour l’Hôtel de Ville s’intensifie et les six principaux candidats redoublent de mesures pour se démarquer. Un sujet s’est imposé comme une priorité dans cette campagne : la beauté architecturale de la capitale. Après douze ans de mandature d’Anne Hidalgo, l’avenir de l’héritage haussmannien est devenu un enjeu électoral majeur sur lequel les Parisiens attendent de pied ferme leur futur maire.

Le baron Haussmann : “l’artiste démolisseur »

29 juin 1853, Napoléon III mandate le baron Haussmann pour assainir et embellir la ville lumière. Deux jours après, il est nommé préfet de la Seine (ancien nom du préfet de Paris). Il va s’atteler à aérer la capitale, créer de grands axes pour relier les points clés (gares, lieux stratégiques, quartiers d’affaires etc.), végétaliser la ville avec la sortie de terre du Bois de Boulogne et de Vincennes, de grands parcs comme les Buttes-Chaumont ou encore de squares de quartier. Le baron est appelé à cette époque (et encore aujourd’hui) : “l’artiste démolisseur ». Son héritage le plus connu est bien sûr, l’immeuble « Haussmannien ». Le style de Paris s’uniformise pour devenir sobre et unifié. 

Napoléon III (à g.) nomme en 1853 le baron Haussmann (à dr.) pour assainir et embellir Paris (peinture d’Adolphe Yvon).
© Musée Carnavalet/Roger-Viollet

Pour l’uniformité du mobilier urbain, le baron Haussmann fait appel à l’architecte Gabriel Davioud, pour dessiner un catalogue d’objets. L’identité visuelle sera unique dans tout Paris : un “vert wagon », de la fonte moulée et comme style le néoclassicisme, le tout dans une élégante sobriété. Ainsi fleurissent aux quatre coins d’une capitale en pleine métamorphose les bancs Davioud, les fontaines Wallace, les colonnes Morris, kiosques à journaux et bien d’autres. 

Dans une période plus proche, sous l’ère de Jacques Chirac (1977-1995), la volonté est claire : maintenir cette image de carte postale qui attire tant à Paris, avec un entretien rigoureux du mobilier historique. Bertrand Delanoë (2001-2014) instaure un design plus contemporain et une perte d’unité visuelle. Avec Anne Hidalgo arrive la rupture : l’écologie prime sur le patrimoine, avec un design moderne pleinement assumé. Après plusieurs polémiques, la Ville publie le « Manifeste pour l’esthétique parisienne » (2021), qui revient aux anciens codes du XIXème siècle.

L’esthétique de la capitale est historique« 

Une façade en pierre de taille, des balcons filant au 2e et au 5e étage, une hauteur proportionnelle à la largeur de la rue, les immeubles haussmannien sont devenus très vite la signature parisienne.
©Guillaume Bontemps/Ville de Paris

Moi Maire de Paris, “je ferai appliquer une charte « Paris du beau », charte esthétique de la Ville applicable aux espaces publics”. Chez Rachida Dati (LR / Majorité Présidentielle), le projet est clair : “renouer avec la beauté”. Dans la droite continuité du baron Haussmann, elle souhaite retrouver une unité des matériaux et mobiliers, en gardant une conformité avec l’histoire patrimoniale de Paris. Emmanuel Grégoire, de son côté, a commencé sa campagne pour les Municipales de 2026 en faisant son mea culpa sur certains projets parisiens accusés d’avoir rompu totalement avec l’héritage de la ville. C’est d’ailleurs ce qu’il avait déjà amorcé lorsqu’il était premier adjoint en 2022, avec un plan pour améliorer l’esthétique de la ville. Le candidat de l’union de la gauche et des écologistes s’en sert d’ailleurs de socle pour son programme sur l’aménagement des quartiers. “Du beau dans tous les quartiers avec le « Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne » et un ou une directrice artistique de Paris chargée de la beauté et de la cohérence des aménagements, mobiliers urbains et de la protection du patrimoine”, comme on peut lire sur le site de sa campagne. “L’esthétique de la capitale est historique (…) par des candélabres, des bancs, une fontaine Wallace…a-t-il souligné tout récemment dans Le Parisien.

Extrait du « Manifeste pour l’esthétique parisienne« , ici sur les Fontaines Wallace.

La candidate de La France Insoumise se démarque clairement sur ce sujet par des prises de positions très tranchées. Pour Sophia Chikirou même le mobilier urbain est une question de réappropriation populaire. Elle souhaite casser l’uniformité des structures car cela coûte “le double des prix pratiqués dans le commerce« , et décentraliser la gestion des d’aménagement urbain par quartier, pour que les choix esthétiques soient fait par ceux qui les utilisent.
Chaque candidat à un avis clairement énoncé sur le mobilier urbain. Si certaines positions peuvent être trans partisanes sur ce sujet, un autre aspect de l’héritage culturel de Paris divise bien plus : le patrimoine architectural.

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Entre le nouveau et l’ancien, le consensus est l’haussmannien 

Rachida Dati défend à nouveau sa vision : que le contemporain ne « vienne pas gifler » l’ancien, avec une charte esthétique stricte, pour tout nouvel aménagement. Pour ce qui est du patrimoine historique, la grande rivale d’Emmanuel Grégoire promet de transformer les berges en un « Parc Patrimonial Urbain », ouvrant ainsi la vue sur les monuments classés. Un point de vue créatif est adopté par l’extrême gauche de Sophia Chikirou, avec l’espace public comme lieu d’expression, préférant donner libre cours aux artistes sur des façades de transition. Le candidat du Rassemblement national, Thierry Mariani, souhaite retrouver la beauté d’antan et non pas la créer, ne serait-ce qu’avec une mesure choc : recentrer le budget alloué à la Culture à l’entretien du patrimoine et du mobilier historique.
Pour ce qui est des immeubles haussmanniens, sur cet aspect tout le monde s’accorde pour ne pas y toucher. Pierre-Yves Bournazel (Horizons / Centre-Droit) soutien à l’inscription des toits en zinc au patrimoine mondial de l’UNESCO, signature de cet immobilier. Sarah Knafo (Reconquête!) s’oppose catégoriquement à la surélévation d’immeubles haussmanniens. Emmanuel Grégoire y introduit la problématique climatique en isolant les bâtiments de l’intérieur, sans toucher aux façades.

Les enjeux à venir

Un sujet fait consensus dans la campagne pour la mairie de Paris : la nécessité d’avoir plus d’espace verts.
©Emilie Chaix/Ville de Paris

Aujourd’hui la ville de paris est à un tournant pour certains, ne pouvant échapper au dérèglement climatique pour lequel elle se doit d’agir. Mais toutes ces évolutions du paysage urbain ne peuvent se faire au détriment de l’héritage architectural de la ville lumière qui continue d’attirer le monde par son patrimoine. Finalement un sujet, cher au cœur d’Haussmann, réussit à réunir tous les candidats : la capitale a besoin d’espace verts, et en aura de plus en plus besoin dans les prochaines années, de quoi mettre d’accord – pour une fois – les Parisiens (à 71%) et les élus.

Alix CAGNARD

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