À Paris, les partis traditionnels pris en étau

Qui succédera à Anne Hidalgo à l’Hôtel de Ville ? À Paris, la bataille municipale semble d’abord opposer deux candidatures classiques, celle de Rachida Dati à droite et celle d’Emmanuel Grégoire à gauche. Mais le vrai enseignement de cette campagne est peut-être ailleurs : ni l’un ni l’autre ne maîtrise totalement son camp. Tous deux avancent en étant grignotés sur leurs marges.

Rachida Dati veut faire de cette élection le combat de sa carrière. Sa campagne est construite autour de sa personne, de son énergie, de son style offensif. La candidate des Républicains, soutenue aussi par le MoDem, impose son rythme, occupe l’espace et dramatise chaque séquence. Ses déplacements, ses vidéos, ses prises de parole : tout concourt à installer l’idée d’une candidature de conquête. Mais cette stratégie très personnalisée a aussi son revers ; elle s’expose davantage et laisse peu de place au collectif.

Face à elle, Emmanuel Grégoire avance avec un profil presque inverse. L’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo a su agréger une large partie de la gauche autour de sa candidature, mais sans faire disparaître ses lignes de fracture. Plus discret que ses rivaux, moins porté sur la personnalisation, il mise sur le terrain, la continuité et une image de sérieux. Toute la question est de savoir si cette méthode peut suffire dans une campagne où les tempéraments comptent autant que les programmes.

Autour de ce duel attendu, l’extrême droite et l’extrême gauche compliquent le jeu. D’un côté, Sarah Knafo pousse une ligne de rupture et travaille une image plus lisse, très calibrée pour les réseaux sociaux. La candidate zemmouriste capte une part de l’électorat le plus dur et conteste à Dati le monopole de l’opposition. De l’autre, Sophia Chikirou mène une campagne de séparation plus que de rassemblement et empêche Emmanuel Grégoire de refermer complètement son espace politique. La candidate insoumise rappelle ainsi qu’à gauche aussi, le candidat central avance sans maîtriser totalement son camp.

Le nouveau scrutin accentue encore ce risque. À 10 %, une liste peut se maintenir au second tour. Autrement dit, Knafo et Chikirou n’ont pas forcément besoin de gagner pour peser : il leur suffit d’exister assez pour gêner. Sarah Knafo a déjà annoncé qu’elle ne se retirerait pas ; Sophia Chikirou, même si son maintien reste plus incertain, peut elle aussi rendre la gauche plus vulnérable. Le plus frappant est peut-être là : malgré l’importance du logement, de la propreté, de la sécurité ou du pouvoir d’achat, la campagne peine encore à faire émerger un thème dominant. Elle reste largement structurée par les rapports de force classiques, les images et les affrontements de personnes.

C’est ce qui rend ce scrutin si révélateur. À Paris, la droite traditionnelle est concurrencée sur sa droite, la gauche gouvernante contestée sur sa gauche, et le centre cherche encore sa place. Ce scrutin parisien révèle une réalité plus profonde : les blocs traditionnels sont encore debout, mais ils ont cessé d’être souverains.

À LIRE AUSSI