Les artistes s’invitent aussi dans la campagne municipale
À Paris, la culture s’installe au sein de la campagne municipale : rappeuse sur une liste, comédiens et réalisateurs dans des appels au soutien. La scène artistique devient le nouvel enjeu électoral majeur.
« Je ne crois pas que les Français soient assez cons pour élire quelqu’un du Front national. » Au mois de novembre dernier, Alain Souchon exprimait son opinion sur le plateau de RTL. Le chanteur est clair et sans filtre sur ses idées politiques.
Une vague d’indignation a alors déferlé sur les réseaux sociaux.
En réponse, un autre artiste, plus inattendu cette fois, s’est emparé de la polémique sur le plateau de BFM. « Alain Souchon a dit une bêtise. C’est ce mépris-là qui a fabriqué le RN », s’agaçait Patrick Sébastien.
Aujourd’hui, de plus en plus d’artistes se sentent légitimes à prendre la parole sur la politique. Prises de position, critiques, soutiens : la politique s’invite dans toutes les discussions, même celles auxquelles on s’attend le moins. On peut alors se demander si cette nouvelle mode est une bonne chose. Les avis divergent. Une prise de parole sur des sujets sociétaux par des « people » impacte forcément l’opinion publique.
S’il pense ça, qu’il dit ça, qu’il approuve ça, je devrais peut-être faire de même. Influencés par leurs idoles, les « fans » pourraient potentiellement se mettre à voter sans même s’intéresser en profondeur aux programmes ou aux candidats.
Cette action, presque délibérée, laisse à penser que ce n’est pas anodin. Les politiques, eux-mêmes, cherchent à profiter de cette lumière.
Les stars qui prennent place dans la bataille
« Garçon, si tu enlèves la cédille, ça fait Garcon, et gare aux cons, ma fille. » Star dans les années 2000, Koxie (Laure Cohen de son vrai nom) s’est fait connaître avec son titre « Garçon ». Récemment, la chanteuse avait annoncé rejoindre la tête de liste de Sarah Knafo, candidate d’extrême droite ; sa décision a vivement été critiquée. « Pas de bla-bla chez elle », a-t-elle prononcé à l’égard de la candidate parisienne.
À l’issue de cette annonce, des images de son clip ont refait surface sur les réseaux sociaux. On y voit un homme noir « agresser » une jeune fille blanche sur son scooter dans Paris. Les esprits se sont rapidement échauffés, assimilant sa candidature à un racisme assumé. Le parti étant connu pour ses positions tranchées sur les questions d’immigration, ainsi que pour ses multiples bavures racistes, son entrée en politique dans ce camp a fait l’effet d’une bombe sur la toile.
Cédric Klapisch, réal globe-trotteur, a cartonné avec sa trilogie « L’Auberge espagnole ». Aujourd’hui, il signe pour Emmanuel Grégoire (PS-union de la gauche). À ses côtés, le candidat dégaine la grande armée : la talentueuse Laure Calamy, la césarisée Agnès Jaoui, Denis Podalydès, le virtuose de la Comédie-Française, ou encore Sara Giraudeau, l’étoile montante du cinéma français. Tous lancent un appel pour un « Paris solidaire ». Le parti en profite, surfant sur ce buzz people pour contrer ses adversaires. « Ça sent le bobo branché », commentent sur X de nombreux observateurs de la vie politique.
Rachida Dati, elle, se retrouve soutenue par Dominique Farrugia, qui a marqué les années 90 avec « La Cité de la peur ». Aujourd’hui, le producteur culte s’attaque au Paris d’Hidalgo : « Il souhaiterait qu’il ne soit plus “héroïque” pour un Parisien en fauteuil roulant de passer d’un quartier à un autre. » Il dénonce également une insécurité grandissante ; sans filtre, il ne lâche rien. Le pilier du rire français donne son soutien à la candidate, et Rachida Dati compte bien faire bon usage de ce joker.
C’est à se demander qui l’emporte : la star ou le futur maire ? Réponse à la fin de ces municipales.
